Le New York Times nous apprend que des enseignants d’un petit lycée dans le Texas pourront désormais porter une arme à feu pour se défendre en cas d’agression. L’article n’est plus accessible (mais l’enregistrement est gratuit) donc je met quelques extraits :
La lecture du jour : The Legal Foundations of Free Markets
29 août, 2008Un ouvrage intitulé The Legal Foundations of Free Markets vient de paraitre et est téléchargeable intégralement et gratuitement en version pdf (il suffit de cliquer sur “download full publication” à droite). C’est de l’économie du droit et ça m’a l’air drolement intéressant. Je me pose une question à propos du titre : est-ce un hommage déguisé à John R. Commons et son ouvrage Legal Foundations of Capitalism première étude dans l’histoire relevant à proprement parler de la law&economics (mais qui développe une approche très différente de la L&E standard bien sûr) ?
A quoi servent les cours magistraux ?
29 août, 2008A pas grand chose si on en croit Brad DeLong. Au Moyen âge, les cours magistraux se justifiaient par le prix exorbitant de la copie d’un manuscrit. Depuis Guttenberg, cela n’est plus réellement le cas et les “big lectures” ont donc perdu une grande partie de leur raison d’être. Alors pourquoi a-t-on encore des cours magistraux ? Conservatisme universitaire ?
“But who will guard the guardians ?” (2/2)
29 août, 2008Suite du billet précédent. Peut-on imaginer un équilibre institutionnel spontané où les agents n’ont pas intérêt à adopter des stratégies illégales et sans dispositif de “boucle de contrôle” ?
“But who will guard the guardians ?” (1/2)
28 août, 2008C’est la question dont traite feu Leonid Hurwicz dans ce papier dont on peut trouver une version améliorée dans la dernière livraison de l‘American Economic Review. Hurwicz a grandement contribué à l’élaboration de la théorie du mechanism design qui, en bref, consiste à étudier les mécanismes institutionnels optimaux pour inciter les agents à révéler les informations qu’ils ont à leur disposition. Cette approche peut s’appliquer à des problèmes très spécifiques (sur les systèmes d’enchères par exemple), mais aussi à des cas plus généraux concernant les mécanismes d’implémentation et de mise en oeuvre des règles.
Coup de gueule
26 août, 2008La rentrée universitaire approche lentement mais surement et à cette occasion je vais avoir le plaisir (si si!) de récupérer quelques nouveaux cours, plus particulièrement le cours d’économie du master “Comptabilité Contrôle Audit” dont j’aurais la responsabilité avec un autre enseignant. Ce cours rentre en fait dans le cadre du DSCG (diplôme supérieur de comptabilité et de gestion) et à ce titre doit suivre un programme officiel plus ou moins précis. 7 thèmes sont à couvrir sur deux ans et comme il s’agit d’un nouveau programme, tout est à construire, cours magistral comme fiches de travaux de dirigés. C’est justement la chose que je fais en ce moment sur les parties du cours dont j’ai la charge et aujourd’hui je planchais sur la fiche de TD pour le chapitre intitulé “Croissance, emploi et progrès technique”. Première étape : trouver un ensemble de documents (textes, données, graphiques) à insérer dans la fiche histoire d’avoir du matériau sur lequel faire travailler les étudiants. Mon premier (mauvais ?) réflexe est d’aller voir du côté du mensuel Alternatives économiques, revue dont les articles se distinguent par leur pédagogie et par une qualité de fond plutôt satisfaisante. Plutôt adapté à des étudiants qui, bien qu’en Master, sont des non-économistes. Ca tombe bien, je tombe rapidement sur un numéro hors-série ayant pour thème la croissance et datant de 2002. Je feuillette les articles, certains sont intéressants. Puis, tout à coup, je tombe sur un article parlant de croissance, d’emploi et de politique économique. A priori intéressant… sauf que je m’énerve très vite : l’article est en fait une propagande même pas déguisée en faveur de la politique économique du gouvernement Jospin menée entre 1997 et 2002. En quelques lignes, l’auteur nous explique que la croissance et les créations d’emplois de l’époque ne “doivent rien à la conjoncture internationale”. Cela serait plutôt du à une politique économique innovante ayant changé la nature même de la croissance. En fait, l’auteur parle évidemment ici essentiellement des 35 heures. Et de conclure : ”Ces cinq années ont contribué à effacer l’héritage de deux décennies de crise. Elles ont aussi permis de retrouver l’ambition trop longtemps oubliée du plein-emploi”.
Interloqué, je regarde le nom de l’auteur : il s’agit d’un économiste (auteur d’un bon ouvrage sur l’emploi et le chômage qui plus est) mais qui est surtout… ancien conseiller de Lionel jospin et (à l’époque) adjoint à la mairie PS de Lyon. Je suis franchement ”choqué” : voici une revue, dont il faut rappeler qu’elle est à l’origine principalement destinée à des lycéens, qui sous couvert de donner la parole à un économiste vend en fait un point de vue idéologique soutenu par aucun argument scientifique. Cela est d’autant plus grave que l’article date de 2002, époque où on n’avait évidemment qu’une idée très vague sur le véritable impact économique des 35 heures (et cela reste vague aujourd’hui). Or, à lire l’article, on a l’impression que tout est limpide et sans la moindre incertitude. C’est ça apprendre les lycéens à réfléchir par eux-mêmes ?! Un tel papier avait sa place en tant que tribune dans Les Echos ou autre, mais pas dans un tel journal. Je sais que pour Alter’eco l’économie n’est pas une science mais quand même un minimum d’honnêteté intellectuelle aurait été de nuancer le propos. On est en tout cas aux antipodes d’une réflexion critique.
Cela fait quelques années que je ne lis plus vraiment Alternatives économiques. J’espère que les choses ne se sont pas aggravées. Le positionnement idéologique de la revue n’est un mystère pour personne, mais je trouve ce cas précis particulièrement choquant. Il n’aurait pas été si ancien, il aurait mérité un prix de la chèvre économique.
p.s. : inutile de dire que je n’insérerai même pas une ligne de cet article dans la fiche de TD…
De la cohérence des économistes non libéraux
26 août, 2008Bryan Caplan soumet un défi aux économistes opposés au “free-market” : justifier qu’ils soient, d’un côté, partisans d’une forme ou d’une autre de régulation publique des marchés de biens et services alors que, dans le même temps, ce sont pour la plupart des “civil libertarians”, autrement dit qu’ils s’opposent à toute restriction par les pouvoirs publics de la liberté d’expression et de penser. En fait, ce paradoxe n’est pas nouveau est avait déjà était soulevé par Ronald Coase dans son article, un brin provocateur, “The Market for Goods and the Market for Ideas”. Dans cet article, Coase examine les différences entre les deux types de marché qui pourraient éventuellement justifier les décalages normatifs concernant l’intervention publique et fini par conclure que la distinction n’est pas fondée et que la cohérence intellectuelle nécessite d’avoir le même point de vue normatif : si on considère que le marché des biens doit être régulés par les pouvoirs publics, alors il en va de même pour le marché des idées (i.e. marché qui regroupe l’ensemble des activités rentrant dans le cadre du premier amendement de la Constitution des EU, pour Coase).
Pour ma part, j’aurais une double réponse à apporter à Caplan : d’une part, il n’est pas vrai aujourd’hui que le “marché des idées” soit totalement libre. Pis, il existe même une réelle demande de régulation par les pouvoirs publics (qu’elle soit justifiée ou pas est une autre histoire). Un exemple : l’interdiction en France de tout discours négationniste. Ou encore, le fait que la diffamation puisse être pénalement sanctionnée. Donc, et c’est le premier élément de réponse, un économiste partisan à la fois d’une régulation publique sur le marché des biens et qui soutient ces formes d’encadrement de la liberté d’expression est cohérent d’après les critères de Caplan (bien sur, un libertarien s’oppose à ces deux formes de régulation publiques, mias ce n’est pas la question).
D’autre part, la réponse réside peut-être dans le fait que l’expression “marché des idées” est inappropriée : le terme de marché est ici une métaphore, certes utile, mais une métaphore quand même. A proprement parler, il n’existe pas de marché des idées, car il n’y a pas d’échange marchand en tant que tel. Actuellement, je suis un “producteur d’idées”. Toi, lecteur, tu es un consommateur. Sauf que l’échange entre nous deux ne fait intervenir aucun prix. Il n’y a aucun “rapport marchand”, aucun processus de marchandage. Je ne “produit” pas mes idées dans l’optique de les vendre à un prix donné . Les termes “consommateurs” et “producteurs” sont des convenances linguistiques, rien d’autre. Il y a donc derrière tout ça une erreur épistémologique : confondre le modèle et la réalité. Ce n’est pas parce que l’on interprête un phénomène par le prisme du marché qu’un marché existe réellement. Il s’agit ici d’un outil heuristique, d’un idéaltype, plus ou moins pertinent. En tirer des conclusions normatives est pour le moins aventureux.
Comment émergent les règles ?
24 août, 2008Hier après-midi, je regardais distraitement un match de foot de Premier League anglaise (Fulham-Arsenal pour être précis) quand à une dizaine minutes de la mi-temps, se produisit deux événements “intéressants” bien que très banals en foot : à deux minutes d’intervalles, un joueur de chaque équipe s’est semble-t-il blessé suite à une action litigieuse et est resté allongé sur la pelouse. A la première “blessure”, j’ai été surpris de voir que l’équipe adverse a continué à jouer, en dépit des protestations des joueurs de l’équipe du blessé. Ce n’est qu’après une bonne minute, une fois le ballon sorti à la suite d’un tir, que le joueur a pu se faire “soigner” (en fait, il n’avait pas grand chose). Deux minutes plus tard, le même scénario se reproduisit (avec les rôles inversés) mais là c’est l’arbitre qui arrêta le jeu très rapidement.
Les liens du matin (17)
22 août, 2008Obamanomics
21 août, 2008Très intéressant article à paraitre dans le Sunday’s Time Magazine sur les positions de Barack Obama concernant les questions économiques. Manifestement, Obama a réfléchit sur ces questions et est plutôt bien entouré. En tout cas, cela a autrement plus d’allure que la “pensée” de Nicolas Sarkozy sur la question… Plus ça va, plus je me dis que le gros problème français est que nos hommes politiques ont un avis sur tout mais ne sont compétents en rien, et surtout pas en économie.
Voir également un billet sur le même article chez Economist’s View.
Martin Wolf sur la variété des capitalismes
20 août, 2008Remarquable papier de Martin Wolf sur Creative Capitalism sur la question de l’objectif et du rôle de la firme et, plus largement, de la variété des arrangements institutionnels au sein du capitalisme. Wolf énonce dix points concernant la firme, son rôle social, ses objectifs, son statut. Le premier d’entre eux est fondamental : il faut distinguer l’objectif de l’entreprise de son rôle. L’objectif de la firme capitaliste est la maximisation du profit (ou plus exactement la maximisation de la valeur pour les actionnaires) ; le rôle (social) de la firme est la fourniture de biens et services ayant une valeur ajoutée. La propriété d’une économie de marché est de faire, en principe, coïncider ses deux dimensions : dans un contexte de concurrence, une firme maximisatrice est poussée à offrir des biens et services de qualité correspondant à la demande exprimée.
Friedman, Sahlins et la rareté
20 août, 2008L’Université de Chicago va bientôt accueillir en son sein le “Milton Friedman institute“, un centre de recherche en économie qui sera essentiellement financé par des fonds privés. Dénommé ainsi en l’honneur du célèbre Prix Nobel d’économie, chef de file du monétarisme et l’un des plus ardents et talentueux défenseurs des idées libérales, la création de ce centre rencontre, sans trop de surprise, une assez forte opposition au sein même de l’Université de Chicago. Plusieurs dizaines d’enseignants-chercheurs de cette université ont ainsi co-signés une lettre adressée à la direction de l’université dans laquelle ils détaillent les raisons pour lesquelles ils estiment ce projet mal avisé. La lecture de la lettre fait clairement apparaitre que le plus important grief fait à cet institut est qu’il porte le nom du principal représentant de l’idéologie “néolibérale”.
Bhagwati sur le libre-échange et l’adaptation institutionnelle des Etats-Unis
20 août, 2008L’économie américaine doit s’adapter à l’évolution économique mondiale qui voit l’émergence de nouveaux acteurs. Mais cette adaptation ne doit pas se traduire par un abandon du libre-échange, mais plutôt par des réformes institutionnelles internes visant à remédier au problème de la fragilité des emplois et à permettre aux travailleurs d’être en mesure d’affronter de nouvelles formes d’incertitudes. Tel est en substance le message de Jagdish Bhagwati dans un article du Financial Times. Extraits :
“Change is indeed in order, although along totally different lines. It must reflect a holistic view of the new reality that the US confronts. In particular, the economic anxiety that overwhelms US workers today stems from the increased fragility of their jobs.
First, as with Japan in the 1930s, when one-dollar blouses flooded the world, India and China today are growing and exporting rapidly. They are like Gullivers in a Lilliputian world economy. They create tsunamis for specific industries where their exports concentrate.
Second, competition has intensified. As exemplified by the Boeing-Airbus saga, the margins of competitive advantage have shrunk. No chief executive or any of his workers in tradable industries leads a happy life any more as there is always someone, from somewhere, breathing down his neck. I call this new phenomenon “kaleidoscopic comparative advantage”. It leads to volatility of jobs, as you have an advantage today and can lose it tomorrow.
Third, labour-saving technical change continuously threatens assembly-line jobs for the unskilled. The assembly lines continue but increasingly do not have workers on them; they are managed from a glass cage by skilled operators whose jobs increase instead.
The agenda for institutional change has to address this fragility of jobs, enabling unskilled and skilled workers to face the new uncertainties. To illustrate: higher education will have to be recast to reduce the proportion of time spent on specialisation: this would enable an easier response to shifting skill requirements as the kaleidoscope turns. Unskilled workers will have to be helped and encouraged to acquire skills and therefore increase their ability to shift to other jobs, even as they continue to work.
Senator Obama promises change but he needs a deeper understanding of the anxiety-causing “new epoch” to define his new agenda shorn of protectionism. John McCain, the Republican presidential candidate, admirably stands for free trade but shows no evidence whatsoever of comprehending that this needs to be situated in an institutional context that requires a serious overhaul. Who will ultimately offer us the right New Deal?“
Pour être heureux, il faut être libre avant d’être riche
19 août, 2008Les happiness studies sont à la mode depuis quelque temps. Dans cette lignée, un article du Financial Times indique que la clé du bonheur n’est pas tant la richesse que la liberté. Des études tendaient déjà à indiquer que, passé un certain niveau de revenu, le rendement d’une unité de revenu supplémentaire en terme de bonheur était marginalement décroissant. En d’autres termes, une fois un certain standard de vie atteint, la richesse n’est plus le facteur majeur rendant les individus heureux. L’article du FT suggère que c’est la liberté politique, économique et sociale qui contribue principalement au sentiment de bien-être. L’auteur tire de cette relation trois implications :
“So if the world is becoming happier, what are the implications? First, that the expansion of political and social freedoms over the past quarter of a century is vindicated. The open world in which we live is a fundamentally happier one. This may not surprise those who have argued in favour of a liberal global order. It will undoubtedly cause puzzlement and consternation among those who yearn for the false certainties of an earlier era.
Second, the results may engender caution towards attempts to engineer happiness through public policy. The happy countries include social democracies such as Sweden and Denmark, and more laisser faire economies such as Australia and the US. What they have in common are not their policies but institutions: democracy, rule of law and social tolerance. People are largely capable of engineering their own happiness when given the means to do so.
Third, the link from free choice to rising happiness suggests that the appropriate benchmark of development is not income per capita, but individual freedoms and capabilities. This is the human development perspective associated with Amartya Sen, the Nobel laureate. While income and well-being are closely correlated at early stages of development, once the threat of starvation recedes, social and political freedom appears to be as important“.
En d’autres termes, le meilleur moyen de rendre les gens heureux c’est de leur laisser le choix de mener leur vie comme ils l’entendent. Cependant, comme l’indique la référence à Sen dans le dernier paragraphe, cela ne veut pas dire que l’action collective publique n’a pas un rôle à jouer : la liberté, c’est aussi les capabilités dont disposent les individus. A ce titre, à un niveau de bonheur donné, il existe probablement plusieurs ensembles d’arrangements institutionnels et de modèles économiques possibles. Au sein du cadre générique constitué de l’Etat de droit, de la démocratie et de l’économie de marché, il existe probablement plusieurs chemins plus ou moins équivalents en terme “d’optimisation du bonheur”.
A lire également : ce billet chez Naked capitalism sur le même article.
Dépenses de santé et la “free to choose fallacy”
14 août, 2008Elections présidentielles oblige, plusieurs débats sur des sujets économiques se développent aux Etats-Unis. L’un d’entre eux porte sur les dépenses de santé et le système d’assurance maladie. La question posée est celle des moyens à mettre en oeuvre pour ralentir l’explosion des dépenses de santé qui pourrait atteindre dans les prochaines décennies des proportions inquiétantes (voir ce document, page 2). Il est de notoriété que le système de santé américain est particulièrement couteux. En 2004, un américain dépensait en moyenne plus de 6000 dollars par an dans la santé. Les dépenses de santé représentaient plus de 15% du PIB américain. Ces deux chiffres sont, et de loin, les plus élevés parmi les pays développés. Dans le même temps, seul 45% de ces dépenses sont financés par le secteur public. A comparer avec les 90% du Luxembourg (le second pays le plus dispendieux en la matière), les 80% de la France ou même les 70% du Canada (tous ces chiffres sont tirés de ce document).
Publié par C.H.
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