Je n’aime pas les écrits et les thèses de Pascal Salin. Néanmoins, je dois avouer être en phase avec la moitié de sa tribune dans Les Echos sur les niches fiscales. La moitié seulement : car si les niches fiscales, créées de manière souvent arbitraire, sont à l’origine de distortions et que leur suppression est souhaitable, tant en terme d’efficacité qu’en terme d’équité, dire que par ailleurs il faut nécessairement réduire les impôts (en fait pour Salin, dans l’idéal, ce serait de les supprimer) ne va pas de soi.
Déjà, en se plaçant dans une optique proche de celle de l’économie de l’offre, à la Laffer (et à la Salin), et où il existe un taux d’imposition optimal, rien ne nous dit empiriquement qu’il faille baisser le taux d’imposition. La suppression des niches fiscales revient de fait à augmenter le taux d’imposition. Dire qu’en contrepartie il faille baisser ce taux revient à dire que l’optimum fiscal est quelque part en dessous. Très bien, on attend maintenant la preuve empirique. Problème : les économistes de l’offre n’ont jamais été en mesure de déterminer le taux d’imposition optimal.
D’autre part, ce genre de raisonnement oublie toujours la moitié du problème. Parce que si l’Etat prélève des impôts, ce n’est pas seulement pour satisfaire les besoins prédateurs et la soif de pouvoir des bureaucrates et des hommes d’Etat. C’est aussi, des fois, pour financer des biens publics et permettre une redistribution du revenu. Evidemment, les libertariens nous diront que les biens publics ça n’existe pas et que la redistribution est inefficace et injuste. Les approches à la Public Choice nous diront que la redistribution sert d’abord et avant tout aux politiciens à se faire ré-élir, sans le moindre souci pour les questions d’efficacité. Pourquoi pas. Seulement ce sont des choses qui se discutent et qui n’ont rien d’évidentes. En tout état de cause, affirmer que la diminution drastique de l’imposition est indispensable sans se poser la question des arrangements institutionnels alternatifs permettant de remplacer les dispositifs publics ne tient pas. Supprimer les niches fiscales c’est une chose, baisser voire supprimer les impôts, c’est une question totalement différente.