L’origine du “boom” de la théorie des jeux en économie

Passionnant article qui cherche à déterminer l’origne de l’explosion de la théorie des jeux en économie à partir des années 80. L’auteur identifie trois moments historiques : le développement de la littérature visant à raffiner le concept d’équilibre de Nash avec notamment les travaux sur les jeux bayésiens à information incomplète/imparfaite ; les débats en économie industrielle initiés par la querelle entre l’approche Structure-stratégie-performance et l’école de Chicago autour notamment de la pratique des “prix prédateurs” ; le développement des travaux sur le problème du “mechanism design”. Dans les trois cas, l’auteur souligne l’importance des apports de John Harsanyi.

La partie sur l’économie industrielle est particulièrement intéressante. En substance, les économistes de l’école de Chicago défendaient l’idée que les pratiques de “prix prédateurs”, consistant pour une firme à baisser ses prix et à consentir à des pertes pour empêcher un nouveau concurrent d’entrer sur le marché, étaient exceptionnelles car non-rationnelles : dans la mesure où l’information est parfaite, si les firmes candidates anticipent ce comportement et savent qu’il est profitable pour la firme en place, elles ne tentent pas d’entrer. A l’inverse, si elles savent ce comportement non profitable, elles entrent tout de même et la firme en place renonce à baisser ses prix. Le raisonnement en terme de jeux avec information incomplète à la fin des années 70 (au moment où les thèses de l’école de Chicago sur le sujet commençaient à s’imposer) ont montré que la pratique des prix prédateurs pouvait être rationnelle : même si une pratique du prix prédateur n’est pas dans l’intérêt à court terme d’une firme (parce que ses profits ne sont pas assez importants par exemple), il peut être dans son intérêt de l’adopter dans l’optique de faire croire aux futures entreprises voulant entrer qu’elle est dans la capacité de les empêcher d’entrer en rabaissant ses prix.

 

Via Econospeak.

  

Une réponse vers «L’origine du “boom” de la théorie des jeux en économie»

  1. Markss dit :

    Sur la période précédente, il faut aussi lire la thèse du même auteur, déjà publiée sous forme de bouquin, en 2003, passionnante. Il s’était fait allumer par Philip Mirowski qui trouvait que ça fait trop histoire intellectualisante, les rapports de force et la sociologie des science n’y étant effectivement pas, mais on retrouve cette capacité à replacer la TdJ dans les problématiques générales de l’économie de l’époque.

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