… et cette fois-ci le coupable n’est pas Nicolas Sarkozy mais Thierry Desmarest, le président du conseil d’administration de Total. Le bouc émissaire habituel, les 35 heures, sont cette fois-ci accusées d’avoir rendus les français schizophrènes en les poussant à se raconter des “fables” : “Alors, pour tenter de se réconcilier avec la réalité, les Français se racontent des fables, par exemple celle qui consiste à croire que le niveau de productivité du travail en France étant plus élevé que chez nos concurrents, nous pourrions rester compétitifs en travaillant moins”. Selon Desmarest, c’est oublier que “la mesure est fallacieuse puisque, dans le cas de la France, compte tenu de l’importance du chômage et du niveau de sous-emploi des seniors, elle porte sur 60 % de la population active alors qu’elle intéresse 70 % voire 75 % de celle-ci dans un grand nombre de pays de niveau de développement comparable“.
Olivier Bouba-Olga a à plusieurs reprises souligné l’inanité de l’argumentation suivant laquelle l’augmentation de la richesse d’une économie passe inévitablement par une augmentation de la durée effective de travail par personne (voir ici par exemple ou surtout celui-là). Il faut également prendre en compte la productivité. T. Desmarest anticipe la critique puisqu’il nous indique qu’en fait la productivité française n’est pas si importante qu’il n’y parait. Sauf qu’il s’agit là d’une tromperie car la croissance dépend des gains de productivité : peu importe la productivité moyenne du travailleur français, c’est son rythme de croissance qui détermine la croissance de l’enrichissement de la société. De ce point de vue, le fait qu’il faille “mettre au travail” les catégories de la population les moins productives est plutôt une bonne chose puisque leur marge de progression est plus importante. Cela ne veut pas dire que les 35 heures aient été une super idée, probablement pas d’ailleurs. Mais l’argumentaire paternaliste suivant lequel il faut “que les français comprennent qu’ils ne pourront pas maintenir leur niveau de vie s’ils ne se remettent pas à travailler dur (sous-entendu : qu’ils acceptent de travailler plus)” ne tient pas économiquement : il y a d’autres modalités pour accroître la richesse d’un pays.
Desmarest a raison sur un point : il y a urgence à “diffuser une véritable pédagogie économique” dans notre pays. Encore faut-il faire la distinction entre pédagogie économique et propagande idéologique.