Les liens du matin (13)

30 juin, 2008

“Economic methodology” : quelques liens

29 juin, 2008

Bien que relativement peu développé en France, le champ de l’épistémologie économique (“economic methodology” en anglais) est en revanche en pleine expansion outre-Manche et par-delà l’Atlantique. En gros, on retrouve dans ce domaine tous les travaux qui étudient la méthodologie et l’épistémologie de la science économique, ainsi que ses présupposés ontologiques. Les niveaux d’interrogations sont divers, des plus généraux (les critères de choix entre différentes théories) aux plus spécifiques (pertinence de l’individualisme méthodologique ou de l’économétrie, importance du réalisme des hypothèses, rôle de l’axiomatisation, etc.). Le champ a même une revue qui lui est dédiée, le Journal of Economic Methodology. Un numéro consacré aux travaux de Thomas Schelling est d’ailleurs accessible gratuitement (il suffit de s’inscrire au site).

Par ailleurs, tous les ouvrages de Lawrence Boland, l’un des experts reconnus du champ, sont accessibles gratuitement sur son site. L’ouvrage The Foundation of Economic Method est un must read pour tout économiste, notamment parce qu’il interroge (de manière bien plus convaincante que ne le fait Mark Blaug selon moi) la pertinence des thèses de Karl Popper dans le cadre de la science économique. Boland est par ailleur le premier à avoir (ré)interprété la position méthodologique défendue par Milton Friedman dans son célèbre article de 1953 “The Methodology of Positive Economics” comme une thèse instrumentaliste (et non comme relevant du positivisme logique), c’est à dire suivant laquelle les théories ne sont que des instruments, ni vraies ni fausses en elles-mêmes.

Deux autres ouvrages fondamentaux en la matière sont à relever : Beyond Positivism de Bruce Caldwell et Reflection without Rules de D. Wade Hands. Le premier, en s’appuyant sur les approches “post-positivistes” en philosophie de la science (Kuhn, Lakatos, Feyerabend) et à partir d’un réexamen des débats méthodologiques fondamentaux en économie (Hutchison vs Robbins puis vs Machlup, Samuelson vs Friedman) défend l’idée d’un pluralisme méthodologique. Le second prend acte d’un renversement complet de logique en philosophie des sciences : jusque dans les années 60, les épistémologues cherchaient à définir a priori les bonnes méthodes scientifiques. Depuis, un ensemble de nouvelles approches relevant de “l’épistémologie naturaliste” cherche, à travers un examen des pratiques effectives des scientifiques, à décrire la science telle qu’elle fonctionne. Plus précisément encore, les épistémologues tendent maintenant à emprunter aux scientifiques leurs outils pour comprendre l’évolution des idées scientifiques : emprunts à la biologie (comme dans cet ouvrage), à la psychologie, à la sociologie et même… à l’économie.

Autre auteur majeur, Uskäli Maki dont un certain nombre d’articles sont disponibles sur son site web. Maki a notamment procédé à un réexamen de l’instrumentalisme de Friedman et de ses thèses sur le réalisme des hypothèses (par exemple). A lire également ses travaux sur les notions d’isolation et d’abstraction (par exemple) et sur la distinction entre “realism” et “realisticness” qui permettent de mieux comprendre ce qu’est un modèle en économie.

Enfin, dans un domaine un peu plus spécifique, on peut trouver les travaux relevant de la “rhétorique économique“, dans laquelle je ne peux que chaudement recommander l’ouvrage de Deirdre McCloskey, The Rhetoric of Economics, dont j’ai déjà parlé ici. Bonne lecture.


Science ou idéologie ?

27 juin, 2008

Je rejoins à 110 % les critiques et l’argumentaire de Denis Colombi à l’encontre du “rapport” de l’association Jeunesse et Entreprise. Je ne reprendrai pas ce que dit Denis, et je ne reviendrai que sur un seul point. Page 2 du rapport, on trouve l’énormité suivante : “Il serait indispensable que les programmes aient une approche plus scientifique et factuelle, et beaucoup moins théorique“. Honnêtement, une fois que l’on a lu ça, on peut arrêter de parcourir le rapport, tant une telle phrase dénote soit une incompétence intellectuelle et/ou un manque d’honnêteté. Mais finalement, une telle affirmation est bien en phase avec ce qu’a pu raconter N. Sarkozy au sujet des économistes et de leurs théories.

Au risque de passer pour l’épistémologue de service, je lui rappellerai une notion épistémologique de base : celle de dépendance des faits à la théorie, ou theory ladenness, mise en avant par Thomas Kuhn et W.O. Quine. Les “faits”, ça n’existe pas : leur perception est toujours conditionnée par les schèmes théoriques que l’on adopte. D’ailleurs, on sait cela depuis Kant. La théorie est par conséquent l’essence même de la démarche scientifique, qui consiste justement à aller au-delà des apparences. Mais Gattaz et ses collègues ne sont pas stupides. Derrière cette rhétorique, il y a un message à comprendre : l’enseignement de l’économie au lycée doit interpréter les faits, mais d’une certaine manière, dans une perspective “bisounours” comme dit Denis Colombi.

Jeunesse et Entreprise, ou quand l’idéologie patronale s’allie avec l’argumentation café du commerce. Un cocktail détonnant… et imbuvable.


Thorstein Veblen, un économiste du 21ème siècle

26 juin, 2008

L’année dernière, on fêtait le 150ème anniversaire de la naissance de l’économiste américain Thorstein Veblen (1857-1929). Prétexte pour revenir brièvement sur les travaux de cet auteur pour le moins iconoclaste.

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Décès de Leonid Hurwicz (1917-2008)

26 juin, 2008

Leonid Hurwicz est décédé le 24 juin 2008 à l’âge de 91 ans. Hurwicz a reçu en 2007 le prix Nobel d’économie en compagnie d’Eric Maskin et de Roger Myerson pour leurs travaux dans le champ du “mechanism design“. 

Ce papier de Myerson, en l’honneur de Hurwicz, présente les apports essentiels de ce champ de recherche. En vrac, il s’agit de déterminer, à partir d’un outillage essentiellement fondé sur la théorie des jeux les mécanismes institutionnels optimaux incitant les agents à révéler les informations qu’ils ont à leur disposition. C’est donc un champ de recherche assez technique et sur lequel je n’en dirai pas plus… car je n’y connais pas grand chose. Mais c’est très intéressant.


Krugman sur la hausse du prix du pétrole

26 juin, 2008

Paul Krugman défend l’idée depuis de nombreuses semaines que la spéculation n’est pas à l’origine de la hausse du prix du pétrole. C’est encore le cas ici. En prime, il nous une offre une petite “modélisation” pour appuyer son argumentation.


L’origine du “boom” de la théorie des jeux en économie

25 juin, 2008

Passionnant article qui cherche à déterminer l’origne de l’explosion de la théorie des jeux en économie à partir des années 80. L’auteur identifie trois moments historiques : le développement de la littérature visant à raffiner le concept d’équilibre de Nash avec notamment les travaux sur les jeux bayésiens à information incomplète/imparfaite ; les débats en économie industrielle initiés par la querelle entre l’approche Structure-stratégie-performance et l’école de Chicago autour notamment de la pratique des “prix prédateurs” ; le développement des travaux sur le problème du “mechanism design”. Dans les trois cas, l’auteur souligne l’importance des apports de John Harsanyi.

La partie sur l’économie industrielle est particulièrement intéressante. En substance, les économistes de l’école de Chicago défendaient l’idée que les pratiques de “prix prédateurs”, consistant pour une firme à baisser ses prix et à consentir à des pertes pour empêcher un nouveau concurrent d’entrer sur le marché, étaient exceptionnelles car non-rationnelles : dans la mesure où l’information est parfaite, si les firmes candidates anticipent ce comportement et savent qu’il est profitable pour la firme en place, elles ne tentent pas d’entrer. A l’inverse, si elles savent ce comportement non profitable, elles entrent tout de même et la firme en place renonce à baisser ses prix. Le raisonnement en terme de jeux avec information incomplète à la fin des années 70 (au moment où les thèses de l’école de Chicago sur le sujet commençaient à s’imposer) ont montré que la pratique des prix prédateurs pouvait être rationnelle : même si une pratique du prix prédateur n’est pas dans l’intérêt à court terme d’une firme (parce que ses profits ne sont pas assez importants par exemple), il peut être dans son intérêt de l’adopter dans l’optique de faire croire aux futures entreprises voulant entrer qu’elle est dans la capacité de les empêcher d’entrer en rabaissant ses prix.

 

Via Econospeak.

  


Publier, c’est se prostituer ? – suite (et fin)

24 juin, 2008

Dans Idéologie et utopie (1929), le sociologue allemand Karl Mannheim écrivait : “Le danger des pré-suppositions ne repose pas dans le simple fait qu’elles existent ou qu’elles sont antérieures à la connaissance empirique. Il se trouve plutôt dans le fait qu’une ontologie transmise par tradition fait obstruction à de nouveaux développements, surtout dans les modes fondamentaux de la pensée, et que, tant que la particularité du cadre théorique conventionnel n’est pas mise en question, nous devons en rester au labeur pénible d’un mode de pensée statique, inadéquat à notre stade actuel de développement historique et intellectuel. Ce qui est nécessaire par conséquent, c’est d’être continuellement prêt à admettre que tout point de vue est particulier à une certaine situation définie et de découvrir par l’analyse en quoi consiste cette particularité”. Réflexion très pertinente qui m’amène à préciser l’idée ébauchée dans un billet précédent.

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Les criminels sont rationnels… mais pas les joueurs de baseball

24 juin, 2008

Via Tim Harford on peut prendre connaissance d’une étude qui indique qu’il tend à y avoir une baisse de la criminalité ayant une motivation directement pécuniaire durant la période où les individus perçoivent les remboursements ou les transferts de revenus engendrés par les pouvoirs publics. A contrario, cette criminalité est plus forte avant et après la période des versements. Tout ça parait finalement logique.

En revanche, via Freakonomics, on peut prendre connaissance d’un sondage mené par le magazine Sport Illustrated auprès des joueurs de la ligue professionnelle de baseball américaine. A la question “qui est le joueur le plus surcoté ?” : on trouve en premier Derek Jeter et en 4ème position Alex Rodriguez. A la question “quel joueur choisiriez-vous pour batir une équipe autour de lui ?” : 1er Alex Rodriguez, 2è Derek Jeter? Hum… Alors, est-ce les joueurs de baseball qui sont incohérents ou est-ce la manifestation d’une forme de paradoxe du choix collectif ?


Deux sites bien sympas sur la théorie des jeux et l’histoire de la pensée

23 juin, 2008

Les lecteurs réguliers auront remarqué qu’il est assez souvent fait usage ici de concepts relatifs à la théorie des jeux. Pour ceux qui sont perdus, ce site devrait vous aider : http://www.gametheory.net/. On y trouve de tout, et notamment des notes de cours de dizaines d’enseignements à tous les niveaux. On trouve aussi un glossaire,  des exercices, des démonstrations interactives des principaux résultats, etc. Bref que du bon.

Côté histoire de la pensée économique, ce site est un classique : http://cepa.newschool.edu/het/. De nombreux auteurs et écoles de pensée sont présentés, avec pas mal de liens externes (même si de nombreux sont morts malheureusement). A consulter régulièrement.


Les liens du matin (12)

23 juin, 2008

Publier, c’est se prostituer ?

22 juin, 2008

Je n’ai pas encore beaucoup d’expérience en la matière, mais la concrétisation de l’activité de recherche, à savoir la publication dans une revue à comité de lecture, est une étape délicate et en fait assez difficile à vivre. Elle est difficile à vivre d’abord parce qu’elle consiste à soumettre son travail à une critique acerbe et souvent impitoyable. Mais elle l’est également parce que l’on sait qu’immanquablement, nos évaluateurs (les referee dans le jargon) vont nous demander de changer des choses parce que, de leur point de vue, elles ne sont pas correctes. On se retrouve alors à faire face à un dilemme : se conformer aux exigences des rapporteurs, quitte à aboutir à un article dans lequel on ne croit pas totalement, soit rester inflexible et prendre le risque de voir son article rejeté.

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Les origines évolutionnaires de l’effet de dotation

22 juin, 2008

Passionnant article dans The Economist sur les origines de ce qui est connu en économie comportementale comme l’”endowment effect”, ou effet de dotation. En un mot, l’effet de dotation exprime l’idée qu’un individu tend à conférer à un même bien une plus grande valeur lorsqu’il le possède que lorsqu’il ne le possède pas. Il y a plusieurs moyens d’expliquer le phénomène en lui-même : par exemple, ce n’est qu’en possédant et faisant usage d’un objet pendant un certain temps que l’on peut percevoir sa “vraie” valeur. Cependant, cette explication est remise en cause par le fait que l’effet de dotation a pu être constaté même lorsque l’individu venait tout juste d’acquérir le bien. 

L’article The Economist discute de travaux en biologie et en économie qui cherchent à comprendre l’originie de ce comportement. Il semblerait que l’on puisse le localiser chez les chimpanzés et qu’il soit “génétiquement ancré” du fait de l’impossibilité, dans les sociétés animales, de mettre sur pied des dispositifs institutionnels permettant de sécuriser les échanges. Une explication plus “économique” consiste à supposer qu’il provient du fait que, dans les sociétés tribales où les opportunités d’échange étaient faibles, un individu avait intérêt à conserver un bien pour en tirer un meilleur prix plus tard. Quoiqu’il en soit, on rentre ici dans un domaine où les apports croisés de l’économie, des neurosciences, des sciences cognitives et de la psychologie évolutionniste pourraient s’avérer fertiles. Histoire peut-être aussi de ressusciter le “programme de recherche” ébauché par Thorstein Veblen concernant l’importance des instincts, des habitudes et des institutions dans la détermination des comportements humains.


Everyday economics : dynamique et diffusion d’une convention – l’Art de la Bise

20 juin, 2008

Attention : billet inspiré de la vraie vie.

Notre vie quotidienne est remplie de conventions auxquelles on ne prête quasiment pas attention, tant elles paraissent aller de soi. Parmi elles, le fait et la manière de se dire bonjour est l’une de celles les plus fréquemment mobilisées. La convention régulant cet acte quotidien parait solidement ancrée mais, comme toute convention, elle peut évoluer et se transformer sous l’effet de “chocs exogènes”.

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Les liens du matin (11)

20 juin, 2008

* Comparaison de l’impact respectif des “labels verts” sur les consommateurs.

* “More sex is safer sex”, où comment des comportements sexuels plus libérés feraient disparaitre la prostitution et diminuer le risque d’infection par des maladies sexuellement transmissibles.

* Comment lutter contre l’inflation ? Libéraliser les services.