31 mai, 2008
L’équivalence ricardienne, c’est quoi ? Allez lire cet article de Tim Harford qui, comme d’habitude, explique les choses très clairement. En une phrase, l’idée est la suivante : toute augmentation présente de la dette de l’Etat (par une baisse des taxes ou un financement des dépenses publiques par l’emprunt) implique une augmentation équivalente dans le futur des impôts pour rembourser la dette avec les intérêts. Si les agents font des anticipations rationnelles, alors ils anticipent cela et toute les sommes supplémentaires issues de la mesure budgétaire sont épargnées, en prévision de l’augmentation future des impôts. Conclusion : la politique budgétaire ne sert (presque) à rien. On doit la formulation moderne de cette idée à Robert Barro.
Maintenant, pour que l’équivalence ricardienne soit effective, plusieurs conditions sont requises (voir ce papier) : un marché des capitaux parfait, une valorisation suffisante par les individus du futur (un individu qui a une préférence totale pour le présent n’épargnera pas), etc. Toutefois, qu’il soit empiriquement vérifié ou pas, le théorême de Ricardo-Barro a un intérêt : souligner comment les actions et les anticipations des individus peuvent affecter les politiques économiques, histoire de sortir des représentations mécanistes héritées de la macroéconomie keynésienne.
Sur le sujet, à lire aussi cet article sur RCE.
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30 mai, 2008
Tribune très critique de l’économiste William Easterly dans le Financial Times sur le rapport de la commission de la croissance de la Banque Mondiale. Dirigée par le prix Nobel Michael Spence (le père de la théorie du signal), il faut dire qu’elle aboutie à une conclusion pour le moins… plate : on ne connait pas exactement les mécanismes causaux sous-jacents à la croissance, donc on ne sait pas comment une économie réagira à des incitations spécifiques, et on n’est pas sur que la réaction de demain sera la même que celle d’aujourd’hui. Bref, on est pas beaucoup avancé.
Pour Easterly, ce rapport marque la fin de “l’ère des experts”, où prévalait l’idée que quelques individus éclairés seraient en mesure de trouver les recettes miracles à la croissance et au développement. A partir du moment où les recommandations doivent être spécifiques à chaque contexte particulier, alors les experts n’ont plus d’autre utilité, à part de dire qu’il n’existe pas de recette universelle. Pour Easterly, le monde est imprévisible et complexe, et l’on ne peut s’appuyer que sur quelques principes généraux qui ne nécessitent pas l’opinion éclairée des élites : le premier de ces principes, c’est la liberté. En laissant les individus libres, ils trouveront eux-mêmes les “bonnes” solutions. Peut-être Easterly se contredit-il (dire “il faut laisser plus de liberté aux individus” est déjà se positionner en expert), peut-être est-ce de la fausse modestie et peut-être risque-t-elle de conduire à une forme de nihilisme scientifique. Mais il est toujours bon de rappeler les limites de nos connaissances économiques, tant les politiques dogmatiques de développement ont fait du mal dans le passé.
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30 mai, 2008
Dans un récent billet, je m’interrogeais sur les nouveaux dispositifs incitatifs à la production scientifique et sur leur effet au niveau des logiques d’actions prévalentes dans le monde universitaire. Je poursuis ici la réflexion mais en adoptant un point de vue plus microéconomique, en interrogeant plus précisément la pertinence de deux dispositifs, l’un réel – la rémunération à la publication, pratiqué par certaines écoles de commerce, l’autre virtuel – la modulation des obligations de service d’enseignement en fonction de la productivité scientifique, qui pourrait bien un jour faire son apparition à l’université.
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28 mai, 2008
J’aime beaucoup l’interprétation fournie par Tyler Cowen pour expliquer la propension, réputée plus forte qu’en Occident, des japonais à coopérer : l’institutionnalisation de points focaux explicites. De nombreux auteurs, comme Masahiko Aoki, ont déjà depuis longtemps rejeté toute forme d’explication culturaliste. Plus fertile (et c’est surtout davantage “testable”) est l’idée que la société japonaise a su créer un ensemble de points focaux, reproduits et renforcés systématiquement à travers le temps.
Au sens de Thomas Schelling, un point focal est une solution à un problème de coordination que les individus vont avoir tendance à adopter “naturellement”. Schelling prend l’exemple de deux personnes qui cherchent à se retrouver dans New York sans pouvoir communiquer. Un point focal envisageable pour le rendez-vous est la Gare centrale. Dans la perspective de Schelling, les points focaux sont exogènes au jeu. On peut toutefois, dans l’absolu, expliquer leur émergence par une modélisation en terme de jeux évolutionnaires (voir ici). L’avantage de ce type d’explication est qu’elle n’a pas à recourir à des hypothèses ad hoc sur une supposée spécificité culturelle. Encore une fois, les travaux d’Aoki sur ce thème (et spécifiquement sur le cas du Japon) sont remarquables. Le monde économique et social est articulé au quotidien autour de points focaux : par exemple, l’exigence de rendement des capitaux propres de la part des actionnaires des grandes firmes à auteur de 15% (si tant est qu’elle est encore d’actualité) est typiquement l’exemple de point focal qui conditionne l’activité économique : pourquoi 15%, pourquoi pas 10 ou 20 ? Il s’agit là d’une convention arbitraire qui a émergé plus ou moins spontanément. Une analyse plus détaillée des point focaux caractérisant les différentes économies pourraient être un moyen de comprendre leur trajectoire respective.
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27 mai, 2008
Dans son dernier ouvrage, Dan Ariely consacre un chapitre sur les normes sociales. En substance, il développe la thèse suivante : de nombreux domaines de la vie sociale sont gouvernés par des normes sociales, à savoir des normes non monétaires. Quand je vais diner chez des amis, je vais apporter une bouteille de vin ou préparer le dessert, mais je ne ferai pas un chèque à la fin du repas. Cependant, à partir du moment où s’immisce des normes marchandes (i.e. monétaires), alors les normes sociales sont amenées à disparaitre : commencer à rémunérer les fonctionnaires au mérite, et toute incitation fondée sur la “fonction citoyenne” du fonctionnaire n’aura plus aucune portée. Bref, pour Ariely, entre les normes sociales et les normes marchandes, il faut choisir. Je n’étais pas convaincu sur le moment par la réflexion, et l’idée de “tester” cette thèse au cas de la recherche me parait intéressante.
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27 mai, 2008
* Dans Libération, un rebond de Philippe Martin au sujet de la proposition d’inclure dans la Constitution une obligation d’équilibre des finances publiques.
* “Du bon usage de la neuroéconomie“, dans Les Echos.
* Toujours sur Les Echos, une vidéo sur la hausse du prix du pétrole et des biens alimentaires.
* Sur Freakonomics, une analyse économique des dents et d’autres facteurs de beauté. On y apprend notamment que pour gagner de l’argent, mieux vaut être grand et avoir de belles dents…
HS : les observateurs attentifs auront remarqué que j’ai ajouté un onglet en haut (à côté de “A propos de l’auteur”) intitulé “Lectures recommandées”. J’y indique certains des bouquins dont j’ai trouvé la lecture particulièrement intéressante.
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26 mai, 2008
Je ne suis pas un grand fan des écrits “grand public” de Joseph Stiglitz mais sa critique des politiques de ciblage de l’inflation dans une tribune dans Les Echos ce matin mérite le coup d’oeil.
A noter également un “rebond” intéressant dans Libération au sujet de la résistance de la communauté scientifique et financière à adopter les nouveaux modèles probabilistes en finance mathématique. Mes connaissances dans le domaine sont proches du zéro absolu, aussi si une âme charitable (et plus compétente que moi ! – en l’espèce c’est pas dur) pouvait passer donner son avis sur l’article…
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24 mai, 2008

Voici un petit compte-rendu de l’ouvrage de Dan Ariely, C’est (vraiment ?) moi qui décide, paru chez Flammarion et qui est la traduction en français de Predictably irrational. J’ai déjà eu l’occasion ici d’évoquer les travaux de Dan Ariely au travers de son débat avec Tim Harford (par exemple ici, et là). C’est l’occasion de revenir plus en détail sur les analyses que l’on trouve dans son livre.
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23 mai, 2008
Très bon billet sur Economist’s View sur la portée de l’inflation concernant le bon fonctionnement du marché. Ainsi que l’avait mis en avant Hayek (dans cet article), le marché est une institution qui a pour propriété, au travers de son système de prix, de synthétiser et de véhiculer une énorme quantité d’information décentralisée afin de la porter à la connaissance des agents économiques dans leur ensemble. En d’autres termes, le prix est une synthèse des préférences, des anticipations et des actions des individus. Et il devient lui-même à son tour un support à des actions futures en aidant les individus à faire des arbitrages entre les différents biens disponibles.
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