Kirman sur la théorie économique

16 novembre, 2009

Intéressant article d’Alan Kirman qui s’attaque aux modèles macroéconomiques standards. On y apprend aussi que Kirman va bientôt publier un ouvrage portant sur les questions de réseaux et de complexité en économie. J’attend ça avec impatience…  


Tipping point et salle de classe

14 novembre, 2009

C.H.

Hier après-midi, pour mon quatrième TD de management avec le groupe du vendredi, j’ai remarqué un pattern intéressant : dans une salle ayant approximativement 70 places, la totalité du TD (environ 30 étudiants) était assise au fond de la salle, laissant pas moins de quatre rangées vides entre moi et eux. J’avais déjà remarqué cette tendance des les semaines précédentes, mais là c’était encore plus flagrant. La raison n’est probablement pas que je leur fais peur. Actuellement en train de lire l’ouvrage de Robert Axelrod sur la modélisation des phénomènes complexes j’ai tout de suite pensé à Thomas Schelling et à son modèle de tipping point qui permet très facilement de comprendre ce type de configuration “spontanée” adoptée par les étudiants. Lisez la suite de cette entrée »


Performativité et institutionalisme : the Searle’s connexion

14 novembre, 2009

Isaac

La notion de performativité des énoncés théoriques connaît aujourd’hui un vif regain d’intérêt dans le domaine de la sociologie économique, ceci essentiellement depuis la publication en 1998 d’un ouvrage collectif, dirigé par Michel Callon, Laws of the Markets. Le concept de performativité nous vient de la linguistique austinienne dont l’objectif était la découverte d’une frontière grammaticale entre énoncés constatatifs (de type : « Tony à un pull rayé ») et ceux qui constituent en eux-mêmes une action Lisez la suite de cette entrée »


Equilibre de Nash et complexité

12 novembre, 2009

C.H.

Je ne sais pas trop quoi penser de cet article. L’idée que la plupart des équilibres de Nash sont tellement complexes à calculer qu’il est peu probable qu’en pratique ils décrivent fidèlement ce qui se passe dans la réalité économique peut se concevoir. En même temps, pour rebondir sur des billets précédents, si l’on considère que les modèles de la théorie économique (de théorie des jeux ou autres) décrivent des mondes contrefactuels, je ne suis pas sûr que ce soit un problème. De toute façon, si cela l’était, il reste quand même toute une branche de la théorie des jeux, initiée notamment par les travaux de Peyton Young, qui montre que l’on peut très souvent retrouver les mêmes résultats tout en supposant des agents à la rationalité limitée. Bon, l’approche par les jeux stochastiques de Young n’est pas exempte de problèmes, comme par exemple le fait que cette convergence des résultats n’est parfois possible que sur le très long terme.


Appel à candidature

11 novembre, 2009

Isaac

Ce blog étant sûrement fréquenté par des personnes engagées dans un cursus universitaire et souhaitant, pourquoi pas, se lancer dans la merveilleuse aventure de la thèse, j’attire votre attention sur cet appel à candidature, lancé par le centre dans lequel j’ai moi-même été recruté (depuis maintenant plus d’une semaine), le Centre d’études interdisciplinaires Walras Pareto. N’hésitez surtout pas à poser vos questions si vous êtes intéressés.


Analogie, ontologie et économie évolutionnaire

10 novembre, 2009

C.H.

Dans le cadre de mes réflexions autour de l’économie évolutionnaire, j’ai senti le besoin de clarifier certains points épistémologiques, notamment autour des questions d’analogie et d’ontologie. Depuis quelques jours (semaines), je me torture l’esprit pour savoir si cela a un sens de distinguer une théorie selon qu’elle repose sur une forme d’analogie ou qu’elle postule un réalisme ontologique. Cela renvoi aux vieux débats sur le statut des Universaux. C’est typiquement le genre de question insoluble mais étant convaincu que toute réflexion épistémologique doit d’abord oeuvrer à la clarification conceptuelle, il est toujours bon de préciser les choses. Cette question est notamment importante lorsque l’on réfléchit à l’usage de la modélisation en sciences sociales et à sa signification, en l’occurence ici dans le cadre du courant de l’économie évolutionnaire.

A la base, je voulais écrire 4 ou 5 pages pour mettre sur le papier certaines idées, quitte à les réutiliser plus tard mais finalement les 4/5 pages ont quelque peu enflées… Je réitère l’expérience que j’avais déjà faite en soumettant mes réflexions aux lecteurs du blog. Je précise qu’il s’agit d’un brouillon (fini hier) qui n’a pas nécessairement vocation à devenir plus que cela. Je compte néanmoins réutiliser certains morceaux (sections 3.2 et 3.3) dans un “vrai” papier ultérieur. La papier est écrit dans un (fr)anglais qui devrait être lisible pour les francophones (peut être plus que pour les anglophones !). Dans le jargon, c’est ce qu’on appelle une “thought piece“, une réflexion purement épistémologique qui n’a d’intérêt que replacée dans le contexte plus général d’un programme de recherche théorique et empirique. Cela dit, encore une fois, il s’agit surtout de mettre de l’ordre dans ma tête mais si ça peut profiter à d’autres tant mieux !

Voici le papier : Naturalism in Evolutionary Economics

Les lecteurs réguliers seront familiers avec les thèmes développés ainsi que les références mobilisées. Je repète qu’il s’agit d’un brouillon très imparfait sur la forme comme sur le fond. Tous les commentaires sont donc évidemment les bienvenus. 


Des bulles inoffensives

10 novembre, 2009

Intéressant article de Frederic Mishkin dans le Financial Times. Mishkin considère que la politique monétaire à taux 0 aux Etats-Unis peut l’état actuel être maintenu en dépit du fait que cela met en place des conditions favorables à l’émergence d’une nouvelle bulle d’actifs. La raison ? Il faut distinguer selon l’auteur les “bulles d’expansion de crédit” (credit boom bubble), dangereuses pour l’économie car elles induisent une montée excessive de l’endettement y compris chez les institutions financières, des “bulles d’exubérance irrationnelle” (pure irrational exuberance bubble) qui seraient moins dangereuses car elles n’impliquent pas des effets de levier importants. La bulle internet aurait été de ce dernier genre. Pour Mishkin, en Europe comme aux Etats-Unis, nous sommes encore dans une phase de réduction de l’endettement, de sorte qu’une nouvelle bulle ne pourrait être que du second type.


Sur la co-évolution marché/Etat

8 novembre, 2009

C.H.

Dans les commentaires sur un précédent billet, Alexandre Delaigue fait remarquer : 

“De façon plus générale, je trouve frappant de constater que la croissance du marché et celle de l’état, historiquement, s’est faite en parallèle”.

Comme je l’ai indiqué dans les commentaires à la suite de cette remarque, ce parallélisme est certainement tout sauf contingent. Pour comprendre pourquoi, il faut déjà bien s’entendre sur les termes. Par “marché”, il faut comprendre un ensemble de relations d’échange impersonnelles au travers desquelles des individus s’échangent des droits de propriété sur des objets. Par “Etat”, la définition wébérienne est adaptée : l’entité qui sur un territoire donné revendique avec succès le monopole de la violence légitime. Ce monopole lui permet, notamment, de s’assurer que les droits de propriété de chacun sont bien respectés (nonobstant le fait que l’existence de l’Etat implique de facto une certaine violation de ces mêmes droits). Pourquoi cette co-évolution ne serait-elle pas contingente ? Une explication théoriquement et empiriquement plausible est la suivante. Lisez la suite de cette entrée »


De la causalité en économie (2/3)

7 novembre, 2009

Isaac

Comme souligné dans le premier billet de cette série, le concept de causalité pose un certain nombre de problèmes que ce soit au niveau ontologique (quelle est la nature d’une cause ?) ou épistémologique (comment est-il possible d’inférer l’existence d’une cause à partir de l’observation ?). Partant de là, on se rend rapidement compte que le lien causal n’a pas le monopole de l’explication dans les sciences sociales, et plus particulièrement ici en économie. Dans son ouvrage, déjà cité lors du précédent billet, Bernard Paulré pointe du doigt au moins trois autres formes d’explications concurrentes à la causalité :

1) L’explication fonctionnaliste : Toute société humaine formant un tout composé d’éléments liés entre eux, l’interdépendance généralisée permet d’expliquer un fait ou un objet social par sa fonction dans le maintien du système. L’explication fonctionnelle est à la base (entre autre) du raisonnement en termes de coefficients de corrélation entre les différents éléments d’un système.On remarque ici que rien n’est dit sur les sens des relations car on évolue de fait dans un système fermé et figé, qu’il faut donc adapter à chaque cas particulier étudier (sur ce point, Geoffrey Hodgson, dont le maître des lieux est un fin spécialiste, fait figure de référence lorsqu’il nous explique que les différences institutionnelles entre les lieux et les époques « cannot be captured by differences in parameter values »).

Remarquons également qu’on se cantonne ici aux liens observables, la dépendance fonctionnelle n’est qu’une première étape vers la recherche de structures causales sous-jacentes (cette position est d’ailleurs celle du réalisme critique de Tony Lawson).

La théorie économique la plus célèbre utilisant, à mon sens, ce type d’argumentation est celle de l’équilibre général, initiée par Léon Walras. Ceci dans la mesure où les liens explicités sont des liens de dépendances et de co-détermination des taux d’échange et non de transformation des variables du système. Notons également, à la suite de Maurice Allais, que la notion de temps suspendu n’arrange pas les affaires de la causalité.

2) L’explication compréhensive : Ce type d’explication se base sur l’idée d’un privilège des sciences sociales, i.e que les faits sociaux sont immédiatement signifiants pour celui qui les observe. Cette position a été rendu célèbre par Max Weber et Wilhelm Dilthey avant lui. Notons que contrairement à Dilthey, qui semble rejeter de fait l’utilisation de la notion de causalité dans le cadre d’une étude de l’homme, Weber adopte une position plus nuancée, à l’instar d’Heinrich Rickert, en soulignant que l’explication compréhensive doit se laisser pénétrer par l’explication causale et que la compréhension peut être un moyen de rechercher les causes possibles d’un événement (nous sommes ici proches du principe d’abduction). L’éclairage est ici fait par les lois entre les différents objets et non par le lien de cause à effet.

3) L’explication par la raison : Il convient ici, pour expliquer l’agir humain, d’en revenir aux buts et aux motivations des agents intervenants dans tel ou tel phénomène. Il est possible de lier l’explication par la motivation et l’explication causale mais cela nécessite d’opérer un saut important en amalgamant volonté et action, la volonté n’étant pas ce qui est fait et la causalité n’étant effective qu’entre les faits.

(Il me semble que l’explication en termes d’axiome de l’action, ainsi que la praxéologie à laquelle elle donne naissance, que développe Mises participe d’une explication par la raison).

Ces trois types d’explications concurrentes ne le sont pourtant pas tant que cela, et Paulré de mettre en lumière le nécessaire enchevêtrement des explications. L’économiste comprendra aisément cela en ce qu’il est coutumier du fait : à une explication causale et mécanique (par exemple la théorie quantitative de la monnaie), il ne cesse d’accrocher des explications par la raison (les individus, pour une raison x ou y, agissent de telle manière lorsqu’ils sont confrontés à tel événement).


De la causalité en économie (1/3)

5 novembre, 2009

Isaac

La notion de causalité a de tout temps posé beaucoup de problèmes en philosophie des sciences et j’aimerais profiter de ma lecture du moment pour revenir sur les grands débats qui ont marqué cette notion. En économie, la notion de causalité est pour le moins omniprésente, qui n’a jamais entendu un de ses enseignants lui répéter à longueur de journée : « attention, corrélation n’est pas causalité !! ». Et en effet, s’il est facile d’établir un lien fonctionnel entre deux événements, (quand la valeur A varie de x, alors B varie de y, ce qui permet d’établir un lien corrélatif entre A et B), il est beaucoup moins aisé de déterminer quel élément de A ou de B est premier par rapport à l’autre, lequel cause l’autre.

Il me semble que deux grandes questions se posent : celle de la nature de la causalité et celle de la forme du lien causal. C’est le premier point que j’aimerais explorer pour le moment.

En la matière, deux positions se dégagent (pour être sûrement un peu caricatural). Il est possible d’aborder la notion de causalité de deux façons : soit en se plaçant au niveau des objets physiques, la causalité serait donc une caractéristique ontologique des objets A et B, soit en se positionnant au niveau des représentations du monde physique, on chercherait donc à expliquer et non à révéler les principes intrinsèques.

Du côté de la posture ontologique, la première référence, connue de toute personne ayant une fois mis les pieds dans un cours de philosophie, est Aristote et sa fameuse histoire des 4 causes d’une statue :

- cause formelle : l’idée du sculpteur
- cause matérielle : les divers matériaux nécessaires
- cause finale : la raison de la confection
- cause efficiente : la cause d’où provient un effet, c’est-à-dire le sculpteur

C’est généralement la cause efficiente que l’on retient, définie par Aristote en trois points. A est la cause de B s’il y a 1) une temporalité spécifique (A précède B), 2) dépendance ontologique (l’effet n’existe pas sans la cause), 3) constance et nécessité du lien (les mêmes causes produisent les mêmes effets).

La position d’Aristote à longtemps été une référence, allant de paire avec un certain déterminisme symbolisé par la conviction profonde du mathématicien (pour faire court) français Pierre-Simon Laplace selon lequel  « Nous pouvons considérer l’état actuel de l’univers comme l’effet de son passé et la cause de son futur. Une intelligence qui à un instant déterminé devrait connaitre toutes les forces qui mettent en mouvement la nature, et toutes les positions de tous les objets dont la nature est composée, si cette intelligence fut en outre suffisamment ample pour soumettre ces données à analyse, celle-ci renfermerait dans une unique formule les mouvements des corps plus grands de l’univers et des atomes les plus petits ; pour une telle intelligence nul serait incertain et le propre futur comme le passé serait évident à ses yeux ». Le rôle de la science est alors clairement définit, expliquer c’est avant tout découvrir des causes d’un événement.

Il faudra attendre Hume (à ma connaissance et si quelqu’un peut m’en dire plus se serait avec plaisir) pour que soit rompu cette idée que « comprendre c’est comprendre les causes », pour reprendre l’expression de F. Bacon (« vere scire, per causas seire », pour le latin de cuisine). Hume qui en 1748, sort Kant de son « sommeil dogmatique » avec son essai sur l’entendement humain dans lequel il sort du point de vue ontologique de la causalité pour se diriger vers un scepticisme : la causalité n’est pas dans le monde mais dans l’esprit humain, à ce titre rien ne garantie jamais l’universalité d’un lien de cause à effet. Précisons la pensée du philosophe écossais : en bon empiriste qu’il est, Hume considère que la seul connaissance provient de l’expérience, hors la nécessité d’un lien causal et son universalité ne peuvent être prouvé par l’expérience. De manière plus générale, Hume souligne le problème de tout raisonnement inductif (ce que Popper nomme « problème de Hume »). Pour le philosophe écossais, la causalité n’est qu’une habitude de pensée fondée sur l’expérience quotidienne de l’être humain. Hume opère donc à un glissement certain : il ne se demande plus s’il est possible de connaître la causalité du monde, mais pourquoi les hommes croient en cette causalité ?

En résumé, pour Hume, un lien causal n’est ni connaissable par un raisonnement analytique (car l’effet n’est pas précontenu dans la cause), ni par un raisonnement synthétique (la limite de l’induction). C’est sur cette base que Kant développe l’idée d’un jugement synthétique a priori, telle que le principe de causalité, mais ça c’est une autre histoire.

C’est ainsi que s’efface l’idée d’une nécessaire recherche des causes et des effets de la part de la science. Effacement dont l’apogée est le positivisme d’Auguste Comte, rejetant d’emblée la notion de cause en ce que chercher la cause de A débouche nécessairement sur des considérations métaphysiques telles que la question de la cause première (le grand horloger, Dieu …). Sur les traces de Hume on trouve également Russel, pour qui la causalité n’est qu’une « relique des âges révolus », ou encore Wittgenstein : « la croyance au rapport de cause à effet est la superstition ».

A ce titre, l’explication causale n’a plus le monopole de l’explication en science, le prochain billet sera consacré aux alternatives développées à la suite du problème de Hume.


Anarchie du succès ou succès de l’anarchie ?

4 novembre, 2009

C.H.

Intéressant échange entre William Easterly et Ha-Joon Chang au sujet de l’ouvrage de ce dernier, Bad Samaritans. Cet échange fait suite à un premier commentaire très critique d’Easterly qui n’est malheureusement plus librement accessible. L’argumentaire d’Easterly souligne le danger d’une lecture et d’une interprétation très sélective des données. C’est d’ailleurs toujours un peu le problème des arguments empiriques : on pourrait débattre à l’infini de la pertinence des données, de la manière dont elles sont traitées, etc., sans jamais savoir si au final on peut réellement tirer des conclusions générales (réflexion hors-sujet : c’est tout le problème, à une micro-échelle, des études à partir d’expériences randomisées qui prolifèrent en économie du développement). Un peu de réflexion théorique ne fait pas de mal… même si en l’occurence des points obscurs persistent. On dispose quand même de quelques éléments, comme le rappelle cet article de John Kay sur les vertus du marché comme processus de découverte et d’expérimentation. L’argument est simple : si on accepte l’idée que les individus ne sont pas omniscients (je ne parle même pas des problèmes d’incitation), on a tout simplement plus de chances de trouver les “bonnes” idées en mettant en place un processus d’expérimentation décentralisé à grande échelle (le marché) plutôt qu’en se reposant sur l’intelligence de quelques uns.

Je mettrais toutefois un bémol aux arguments d’Easterly (et à l’article de Kay) : le marché, ça ne pousse pas tout seul comme des champignons (contrairement à ce qu’a pu affirmer un certain prix Nobel masculin de cette année). L’un des enseignements de l’économie institutionnelle c’est que le marché est une institution dont la mise en place n’est pas nécessairement spontanée au sens hayékien du terme. Ce qui me fait dire qu’une fois de plus, le débat marché/Etat n’a pas trop de sens. Mais ça, les lecteurs du blog le savait déjà


Economie évolutionnaire et histoire

3 novembre, 2009

C.H.

Entre deux heures de cours et lorsque je ne prépare pas ma soutenance, je réfléchis pas mal en ce moment aux relations entre économie évolutionnaire et théorie des jeux évolutionnaires. Cette réflexion part du constat que les deux blocs de littérature sont quasi totalement séparés l’un de l’autre alors même que les deux approches ont a priori les mêmes objets d’études. Plus spécifiquement, en étudiant un peu les développements autour du darwinisme généralisé en sciences sociales d’un côté et la littérature standard utilisant des jeux évolutionnaires pour étudier divers problèmes (la justice sociale, l’altruisme et plus généralement la coopération, etc.), je me suis demandé si finalement les théoriciens des jeux évolutionnaires ne faisaient pas du darwinisme généralisé sans le savoir (comprendre : sans avoir particulièrement réfléchis aux fondements ontologiques et épistémologiques de leur approche). Lisez la suite de cette entrée »


Les modèles économiques comme “mondes crédibles”

31 octobre, 2009

C.H.

La revue Erkenntnis propose un numéro spécial sur le statut épistémologique des modèles en économie. Je n’ai pas eu le temps de tout lire mais les réflexions sont très stimulantes. Pour faire simple, il se dégage des différentes contributions deux interprétations : l’une consiste à considérer les modèles comme des outils servant à isoler certains mécanismes que le théoricien veut étudier et expliquer ; l’autre considère que les modèles économiques servent à construire des mondes contrefactuels dont les relations causales sont supposées pouvoir se transposer au “monde réel”.

A titre personnel, j’ai toujours plutôt adhéré à la première conception (défendu par exemple dans le papier de Mäki) mais la seconde position, telle qu’elle est défendue par Sugden, à une certaine force. Sugden s’appuie sur le célèbre papier de Banerjee sur les cascades informationnelles pour montrer que les modèles économiques consistent à construire des mondes fictifs dans lesquels on peut dégager des relations de causes à effet puis, au travers d’une inférence abductive (qui consiste à remonter des effets aux causes), à supposer que si l’on peut observer des effets similaires dans le monde réel, alors il doit exister des causes similaires. Autre élément intéressant, Sugden montre également également que les modèles en biologie évolutionnaire semblent correspondre à la même perspective épistémologique. Food for thought comme on dit…

P.S. : je préviens mes sympathiques lecteurs que mon activité sur le blog sera réduite (mais pas inexistante) pour le mois de novembre : j’ai entamé en effet depuis une semaine un marathon fait de plus de 20h de cours par semaine, de travaux de recherche sur le grill qui doivent avancer (papier en révision, un autre à rédiger) et, last but not least, d’une soutenance de thèse à préparer pour début décembre. Vivement les vacances de Noël…


Les liens du matin (61)

27 octobre, 2009

* “Econometric methodology for human mating” – William Easterly

* “Reserve accumulation and easy money helped to cause the subprime crisis: A conjecture in search of a theory” – Guillermo Calvo, Vox

* “Opting in vs. Opting Out” – Richard Thaler, The New York Times

* “Contrarianism without consequences” – Paul Krugman


La lecture du début de semaine

26 octobre, 2009

C.H.

Très intéressant working paper de l’économiste David Levine sur les relations entre théorie économique et les expérimentations en laboratoire. Spécialiste de théorie des jeux et très bon connaisseur des travaux en économie comportementale, Levine défend une thèse équilibrée : les expérimentations n’ont pas réfuté la théorie mais plutôt soulignées que dans certains cas spécifiques (par exemple, dans le cadre de comparaisons interpersonnelles impliquant l’altruisme ou le ressentiment des individus) la théorie n’était pas en l’état utile. Cependant, l’auteur souligne que ces expérimentations ont surtout permis d’amender la théorie pour la rendre plus pertinente, ou plus exactement pour l’appliquer de manière plus pertinente, par exemple en spécifiant mieux les préférences des individus.