Economie et agent-based modeling

7 février, 2010

C.H.

Excellent billet de Rajiv Sethi (par ailleurs auteur de très nombreux articles sur l’émergence des normes et des institutions, notamment celui-là sur l’émergence de la monnaie) sur l’intérêt et les limites de l’agent-based modeling en économie. Sethi restitue en fait le contenu d’un article récemment paru dans Nature. Je vous laisse lire le contenu du billet qui me semble plutôt bien équilibré dans son jugement, y compris sur ce qui reste le plus gros problème de cette forme de modélisation aujourd’hui : l’évaluation de sa validité. L’article de Nature souligne aussi les difficultés liées à la complexité même de ce type de modélisation qui nécessite souvent de réunir des compétences très diverses et typiquement interdisciplinaires.

Sur le problème de l’évaluation des agent-based models, je suggère la lecture de cet article écrit à 8 mains par Robert Axelrod, Robert Axtell, Joshua Epstein et Michael Cohen qui propose une méthodologie d’évaluation des résultats à partir d’une démarche comparative et « d’alignement ». Je ne suis pas assez au fait de la littérature pour savoir si la méthodologie proposée par les auteurs est effectivement mise en oeuvre mais elle reste intéressante. Quoiqu’il en soit, il s’agit d’un outil complémentaire (et pas concurrent) aux modélisations plus analytiques qui, comme je l’ai déjà raconté ici, à permis dans d’autres sciences de réhabiliter au moins partiellement certaines théories (théorie de la sélection par le groupe en biologie évolutionnaire). Il n’y a aucune raison de penser que cela devrait être différent en économie.

Cela est d’autant plus vrai si l’on considère que l’économie s’est constituée dès les débuts de son histoire moderne (1776 avec Adam Smith) comme une science de la complexité où « l’ordre » (comprendre : les institutions économiques) est un résultat émergent d’interactions individuelles. C’est vrai bien sûr chez Smith (même si sa pensée ne se réduit pas à ça, on est bien d’accord), chez Menger mais aussi chez le grand opposant de ce dernier, Gustav Schmoller. L’idée de complexité est évidemment également centrale chez Schelling (un petit exemple ici). Les développements contemporains autour de la théorie des jeux évolutionnaires ont contribué à redynamiser cette tradition, bien qu’elle relève d’une approche méthodologique assez différente de l’agent-based modeling. D’ailleurs, pour comparer les résultats que donnent des modèles de jeux évolutionnaires stricto sensu (à base d’équations de réplication dynamique) et des modèles à agents multiples, on peut lire ce très intéressant ouvrage (je l’ai à peine commencé) de J. McKenzie Alexander. Plus généralement, sur l’histoire des explications en termes de « main invisible » en économie, on peut lire ce bouquin de Emrah Aydinonat, lequel a d’ailleurs un blog.


Pluralisme et interprétation des théories

4 février, 2010

C.H.

Comme je l’ai indiqué deux billets plus bas, je lis actuellement un ouvrage co-écrit pour le biologiste David Wilson et le philosophe Elliott Sober, Unto Others: The Evolution and Psychology of Unselfish Behavior. Le livre est en fait une défense de la théorie de la sélection par le groupe et plus généralement de la théorie de la sélection multiniveaux. L’idée derrière cette théorie est simple : le processus de sélection naturelle ne s’exerce pas uniquement au niveau de l’organisme, ou au niveau du gène, mais peut aussi porter en parallèle sur des groupes d’organismes. Dans certains cas, la sélection au niveau du groupe va agir dans le même sens que la sélection individuelle, dans d’autres cas elle va agir dans l’autre sens. C’est par ce dernier cas de figure, selon Wilson et Sober, que l’on peut expliquer l’émergence de comportements altruistes dans la nature. Lisez la suite de cette entrée »


Une nouvelle revue de philosophie économique

3 février, 2010

C.H.

L’école de finance et de management de Francfort a amorcé l’édition d’une nouvelle revue de philosophie économique intitulée Rationality, Markets and Morals. Un premier numéro « pilote » vient de paraître et on peut y trouver beaucoup de choses intéressantes.


David S. Wilson, l’économie et l’évolution

2 février, 2010

C.H.

Série de billets (1, 2, 3) du biologiste David Sloan Wilson sur la comparaison entre économie et théorie de l’évolution. Le troisième billet aborde la question des normes sociales et est surtout intéressant car il développe une critique de l’instrumentalisme méthodologique de Friedman à partir de la distinction entre cause ultime et cause de proximité (proximate cause). Pour le reste, je ne pense pas que D.S. Wilson soit un aussi fin connaisseur de la science économique que des controverses autour de la thèse de la sélection par le groupe.

Je suis justement en train de lire son ouvrage écrit avec Elliott Sober  sur le sujet. Bien qu’il y soit question essentiellement de biologie évolutionnaire et de psychologie, l’ouvrage peut intéresser ceux qui travaillent dans les sciences sociales. D’abord parce que le thème du bouquin est d’expliquer l’emergence de certains comportements pro-sociaux. Ensuite et surtout parce qu’il y a une importante réflexion épistemologique sur l’évolution des idées scientifiques, l’interprétation des modèles et le pluralisme. Je reviendrai dans les jours qui viennent sur ces deux derniers points.


Help – my english is too bad

27 janvier, 2010

Je sollicite les lecteurs pour me donner un petit coup de main sur mon anglais misérable : j’ai un papier sur Veblen et le darwinisme généralisé qui est accepté par le Journal of Economic Issues mais on me demande de faire encore quelques corrections en anglais… Les profs d’anglais de ma fac sont assez pris et j’aimerais faire les corrections rapidement. Si une bonne âme est prête à me donner un coup de main… A priori, le gros du travail est fait (les rapporteurs n’avaient rien dit de particulier concernant l’anglais sur la première version) mais il doit rester par-ci par-là quelques fautes que je n’arrive pas à voir.

Ceux qui se sentent d’humeur altruiste peuvent me contacter à l’adresse suivante :

rationalite.limitee@free.fr

La récompense ? Ma gratitude et pourquoi pas une mention dans les remerciements. C’est pas énorme mais bon…

Edit : merci à ceux qui ce sont proposés pour leur aide. Je pense que cela devrait largement le faire !


Hayek vs Keynes : The Battle

26 janvier, 2010

C.H.

Bon, j’étais très sceptique (pour ne pas dire plus) que j’ai lu des choses sur ce projet il y a quelques mois… De plus, c’est un peu « one-sided » (normal vu que Russ Roberts qui est à l’origine de ce clip). Enfin, je n’aime pas le rap. Mais cette vidéo fait quand même gentillement sourire et les paroles sont pas mal recherchées :

Edit : les paroles sont ici.


Saillance et évolution des conventions

26 janvier, 2010

C.H.

Article assez amusant dans The Economist sur le calendrier décimal. Institué en France à l’issue de la Révolution en même temps que le système métrique à la fin du 18ème siècle, ce calendrier a été abolie par Napoléon en 1806. Alors que le système métrique est devenu le système de mesure international, le calendrier décimal lui n’a jamais vraiment réussi à s’institutionnaliser. On pourrait croire qu’il s’agit d’un nouvel exemple de l’impossibilité du constructivisme, que toute tentative de modifier les institutions « par le haut » serait vouée à l’échec. C’est en parti vrai, mais pas totalement puisque, comme le prouve le cas du système métrique, une telle tentative peut parfois aboutir. Une explication alternative peut être éclairante. Lisez la suite de cette entrée »


The Thing That Should Not Be

25 janvier, 2010

C.H.

L’épistemologie économique (en anglais, economic methodology) est souvent considérée comme une bizarerie au sein de la science économique (avec l’histoire de la pensée d’ailleurs), une discipline de nature à générer des réflexions n’ayant aucune pertinence du point de vue de ceux qui font de l’économie « pour de vrai ». Faisant partie de ceux à qui il arrive de réfléchir et d’écrire des choses ayant un rapport avec les questions d’épistémologie, je reconnais qu’il y a un risque réel de tomber dans une pensée abstraite dénuée de la moindre pertinence pratique. Paraphrasant ces grands philosophes que sont les membres de Metallica, l’épistémologie économique est-elle donc cette chose qui ne devrait pas être ?

Je suis (re)tombé ce matin sur ce petit texte de Roger Backhouse, spécialiste du sujet évidemment, qui pourrait faire changer d’avis ceux qui pensent cela. En substance, comme le montre Backhouse, parler de méthodologie pour elle-même ne sert peut être à rien… sauf que l’on est inévitablement conduit à en parler. Tous les raisonnements des économistes sont imprégnés de présupposés philosophiques et méthodologiques, implicites ou explicites, qui conditionnent le discours scientifique. Une théorie, un modèle, une étude empirique, est toujours méthodologiquement orienté. A tel point que la frontière entre discussion méthodologique et discussion théorique est parfois mince, voire inexistante.

Là où il est permis d’être plus sceptique, c’est sur le fait que l’épistémologie économique se soit constituée en une sous-discipline autonome, dotée par exemple d’une revue dédiée. Par ailleurs, les individus (pour les plus brillants en tout cas) qui se spécialisent dans ce domaine ne gaspillent-ils pas leurs ressources intellectuelles ? On peut répondre à cela qu’il s’agit, comme toujours, d’un problème d’avantages comparatifs et que la spécialisation  est un moyen d’approfondir la division du travail. Cependant, le corrolaire indispensable à la division du travail est l’échange. Comme l’a écrit Bruce Caldwell, un bon épistémologue de l’économie devrait toujours être en parallèle un historien de la pensée fin connaisseur d’un courant en particulier ou un praticien dans un champ de recherche particulier. Mais l’inverse est peut être vrai également : un bon économiste « praticien » devrait avoir quelques compétences philosophiques ou historiques en rapport avec sa discipline. D’ailleurs, et ce n’est pas un hasard, les meilleurs ont dans leur grande majorité ces compétences.


Ecrire c’est comme jouer au golf

24 janvier, 2010

C.H.

C’est en tout cas la thèse défendue par ce billet de Brayden King sur Orgtheory.net. J’en conseille la lecture notamment à ceux qui compte se lancer dans une thèse et faire de la recherche en sciences sociales. Une idée notamment me parait essentielle : l’écriture, c’est largement une affaire de « learning by doing ». C’est la pratique qui permet d’améliorer son style, sa capacité à structurer son raisonnement, à rendre sa pensée intelligible pour les lecteurs.

Quand on écrit un article scientifique (ou une thèse), on a parfois tendance à oublier que l’on écrit pour les autres. Et on oublie souvent combien une idée, même intéressante, sera incomprise si elle est mal exposée. Je crois qu’il n’y a rien de plus frustrant que de présenter un papier en colloque/séminaire ou de le soumettre à une revue et de se rendre compte, au moment de la discussion ou à la lecture des rapports, que l’on a mal été compris. Souvent, on aura tendance à en rejeter la faute sur ses interlocuteurs, en oubliant qu’on a peut être une grande part de responsabilité. Tous ceux qui ont un peu d’expérience en la matière savent par ailleurs que la passage de l’élaboration « en abstrait » d’une idée qui parait bonne et claire à sa formalisation à l’écrit est délicate et peut même parfois engendrer une forme de blocage. Le doctorant qui repousse sans cesse la phase d’écriture de sa thèse « pour compléter sa bibliographie » est souvent victime de ce syndrôme.

En ce qui me concerne, même si l’écriture n’a jamais été vraiment un gros problème, le fait d’ouvrir un blog a été incroyablement fructueux. Cela m’a amené à écrire quasi-quotidiennement et à faire un effort régulier de structuration de mes réflexions. Certes, cela m’a pris du temps matériel (5 à 10 heures par semaine tout compris : lecture, écriture, réflexion), mais au bout  compte je pense que ça s’est avéré rentable.


La réflexion du jour

22 janvier, 2010

C.H.

C’est ce passage d’une interview de Richard Thaler par John Cassidy :

Cassidy :

I spoke to Cochrane. He said the problem with behavioral economics is it is too flexible—you can use it to explain anything. He also pointed out that Robert Shiller has been calling for economics to incorporate psychological insights for thirty years, but little progress has been made.

Thaler :

 [Cochrane] has a model explaining why, during the Internet bubble, the prices of Palm and 3Com were rational. Rational models are one hundred per cent flexible. If you allow time-varying discount rates, there is no discipline whatsoever. If you look at what happened to tech stocks and then to real estate, and you say maybe there wasn’t a bubble—where is the discipline in that?

Indeed.


The Future of Economics

22 janvier, 2010

Le titre de ce billet est le même que celui d’une récente communication de D. Wade Hands, spécialiste de philosophie économique et accessoirement auteur de cet ouvrage de référence sur les rapports entre philosophie des sciences et économie. Hands propose une réflexion sur les dernières évolutions de la microéconomie, en se concentrant plus particulièrement sur les développements de l’économie comportementale et expérimentale. L’avènement de ce courant de recherche a eu pour effet de remettre considérablement en question la pertinence de la théorie du choix rationnel (comprendre : la théorie de l’utilité espérée le plus souvent resituée maintenant dans le cadre d’interactions stratégiques) sur laquelle s’est construite toute l’analyse économique moderne depuis au moins Pareto. Même si Hands se garde bien de faire des prédictions, il évoque une conséquence possible de cette évolution : le passage d’une science économique dominée par un cadre théorique unifié à une discipline marquée par une pluralité d’approches, plus ou moins compatibles et reliées entre elles. Lisez la suite de cette entrée »


L’école de Chicago après la crise

15 janvier, 2010

C.H.

Série d’interviews qui s’annonce passionnante faite par John Cassidy auprès des principales figures actuelles de « l’école de Chicago » : Heckman, Becker, Cochrane, Posner, Fama. Je n’ai lu pour l’instant que celle de Cochrane qui est assez instructive quant à la manière dont ces économistes interprètent l’hypothèse d’efficience des marchés.


De la sélection à l’entrée des établissements scolaires

14 janvier, 2010

C.H.

A l’heure de la polémique sur l’instauration de vrai/faux quotas d’étudiants boursiers dans les grandes écoles, cet article me semble intéressant :

« Friedman (1962) argued that a free market in which schools compete based upon their reputation would lead to an efficient supply of educational services. This paper explores this issue by building a tractable model in which rational individuals go to school and accumulate skill valued in a perfectly competitive labor market. To this it adds one ingredient: school reputation in the spirit of Holmstrom (1982). The first result is that if schools cannot select students based upon their ability, then a free market is indeed efficient and encourages entry by high productivity schools. However, if schools are allowed to select on ability, then competition leads to stratification by parental income, increased transmission of income inequality, and reduced student effort—in some cases lowering the accumulation of skill. The model accounts for several (sometimes puzzling) findings in the educational literature, and implies that national standardized testing can play a key role in enhancing learning ».

Le modèle du papier est présenté ici.


Economie et psychologie : une longue histoire

13 janvier, 2010

C.H.

Les relations de la science économique avec la psychologie sont assez complexes et tumultueuses. Alors que nos comportements dans le cadre d’interactions économiques sont inévitablement assis en partie sur des ressorts psychologiques (comme tous nos comportements tout court), les économistes ont eu comme principal souci durant la première moitié du 20ème siècle, alors que la discipline cherchait à asseoir son caractère scientifique, d’émanciper l’analyse économique de toute considération psychologique, de montrer que l’économie était autonome par rapport à la psychologie. Cela n’est d’ailleurs pas seulement vrai en économie. Max Weber, dans son difficile mais clairvoyant article de 1904 sur l’objectivité des sciences sociales, avait également compris que « l’homme économique » n’était qu’un idéaltype, de même que n’importe quelle autre conceptualisation de l’action humaine en sciences sociales. Dans cet article, Weber est même allé plus loin : non seulement, l’économie ne dépend pas de la psychologie dans la construction de ses hypothèses et de ses théories, mais c’est même l’inverse. En effet, pour Weber, une chose est sûr :  « c’est qu’on ne fait pas de progrès en allant de l’analyse psychologique des qualités humaines vers celles des institutions sociales, mais qu’au contraire l’éclaircissement des conditions et des effets psychologiques des institutions présuppose la parfaite connaissance de ces dernières et l’analyse scientifique de leurs relations ».

L’histoire « officielle » des rapports entre économie et psychologie est la suivante : au 19ème siècle, l’économie marginaliste, en contradiction avec l’approche axiomatique et déductive des économistes classiques comme John Stuart Mill, s’est construite sur la base d’hypothèses se voulant être des lois psychologiques. La loi de Weber-Fechner sur la relation entre la magnitude d’un stimuli et sa perception par l’individu ou les lois de Gossen notamment sur la décroissance de l’utilité marginale ont servi de socle au cadre théorique marginaliste. De manière générale, le marginalisme s’est construit sur la base de la proximité de la philosophie utilitariste et de cette idée que les individus cherchent à maximiser leurs plaisirs et à diminuer leurs peines. Toujours selon l’histoire officielle, c’est au début du 20ème siècle que des économistes comme Pareto ou Robbins vont remettre en cause les fondements psychologiques de la théorie économique. Cela s’est notamment caractérisé par un abandon des préférences cardinales au profit des préférences ordinales ainsi que par un rejet des comparaisons interpersonnelles d’utilité. Le rejet ultime de la psychologie interviendra avec l’élaboration par Samuelson de la théorie des préférences révélées qui dispense l’économiste de tout questionnement sur les processus psychologiques internes : en parfaite adéquation avec le positivisme logique et le behaviorisme de l’époque, Samuelson que seuls les phénomènes observables relèvent de l’enquête scientifique. Lisez la suite de cette entrée »


L’effet Samuelson

11 janvier, 2010

Comme tous les ans à la même époque, l’American Economic Association organise son grand colloque qui cette année se déroule à Atlanta. Beaucoup de choses intéressantes évidemment (voir le programme) et notamment ce papier de David Colander et Casey Rothschild. Le papier raconte comment les travaux de Paul Samuelson dans les années 40 ont considérablement modifié la manière d’appréhender et d’enseigner l’économie comme discipline. Les héritiers de Samuelson auraient par la suite propagés une vision de la science économique centrée sur le concept d’équilibre stable et auto-correcteur unique aux antipodes de la vision marshalienne (dont Samuelson était lui-même l’héritier) certes fondée sur l’usage des mathématiques, mais soulignant l’importance de la dynamique non linéaire dans le fonctionnement du système économique.

Colander et Rotschild montre comment cette vision « post-samuelsonnienne », après avoir fortement marquée la recherche en économie, s’est diffusée dans le discours pédagogique et de vulgarisation, que ce soit des manuels, de la presse ou des livres d’économie « grand public ». Si l’économie académique a commencé à abandonner cette vision dans les années 70 et 80, les auteurs estiment que l’enseignement de l’économie est encore trop centré sur l’idée d’équilibre auto-correcteur unique, ignorant largement les apports de la théorie des jeux et de l’économie de la complexité. Cet enseignement conduirait à une appréhension erronée du fonctionnement du système économique dont la caractéristique première serait vue comme étant la stabilité et la prévisibilité. Les auteurs proposent différentes pistes pour changer cet état de fait, comme par exemple initier plus tôt les étudiants à la théorie des jeux où à l’utilisation de l’agent-based modeling.

Je suis largement en accord avec le propos des auteurs. Bien que ne faisant pas de cours/TD de microéconomie proprement dit, je fais depuis 5 ans des TD d’introduction à l’analyse économique dans lesquels j’aborde de manière assez approfondie la théorie du consommateur et la théorie du producteur. Je m’arrange toujours pour évoquer aux étudiants la microéconomie plus moderne. Cette année, je leur ai par exemple présenté le modèle de ségrégation de Shelling et rapidement parlé de la théorie des jeux. Il me semble que ce sont des choses qui parlent beaucoup plus aux étudiants. Au risque de radoter, le manuel de microéconomie de Bowles (qui est d’ailleurs mentionné par Colander et Rotschild) me semble parfaitement correspondre à cette idée d’enseigner aux étudiants une microéconomie plus en phase avec ce qui se fait aujourd’hui au niveau de la recherche. Il reste malgré tout un problème d’arbitrage : enseigner de la microéconomie « évolutionnaire » et initier les étudiants aux résultats de l’économie comportementale/expérimentale est très intéressant et peut permettre de transformer la vision « populaire » du fonctionnement de l’économie. Mais les cours de microéconomie classique introduisent aussi à des concepts essentiels : coût d’opportunité, biens publics, externalités, etc. Si l’enseignement de la (micro)économie (je n’ai pas parlé de la macroéconomie, mais Colander et Rotschild en parlent également) doit être repensé, définir son contenu n’est pas si simple que ça.