Lectures recommandées : mise à jour

6 juillet, 2009

Juste pour signaler que j’ai effectué une petite mise à jour dans les “lectures recommandées“.


Richard Thaler défend l’économie comportementale

6 juillet, 2009

Richard Thaler défend la cause de l’économie comportementale. Extrait :

Some critics contend that behavioral economists have neglected the obvious fact that bureaucrats make errors, too. But this misses the point. After all, wouldn’t you prefer to have a qualified, albeit human, technician inspect your aircraft’s engines rather than do it yourself?

The owners of ski resorts hire experts who have previously skied the runs, under various conditions, to decide which trails should be designated for advanced skiers. These experts know more than a newcomer to the mountain. Bureaucrats are human, too, but they can also hire experts and conduct research“.


Note de lecture : “Violence and Social Orders”, de D. North, J. Wallis et B. Weingast

5 juillet, 2009

Violence and social orders

Comme promis, voici une note de lecture sur l’ouvrage Violence and Social Orders, de Douglass North, John Wallis et Barry Weingast. North est l’un des principaux représentants de l’économie institutionnelle moderne, à l’origine d’importantes contributions sur le rôle des institutions dans le processus du développpement économique. Il faut noter que la perspective de North a considérablement évoluée : dans les années 60 et 70, North adopte un cadre d’analyse très standard avec l’idée que les institutions sont des moyens de coordination efficients créés par les individus pour surmonter l’incertitude. Progressivement, et notamment à partir des années 90, North va faire évoluer son cadre d’analyse, insistant de plus en plus sur l’importance dans l’histoire des institutions inefficientes et remettant considérablement en cause la théorie du choix rationnel. Dans un ouvrage de 2005, North souligne la nécessité de comprendre comment les individus forment leurs croyances et de manière plus générale l’influence de ce qu’il appelle “l’idéologie” sur les comportements. Selon lui, cela nécessite notamment de s’appuyer sur les apports des sciences cognitives. North s’est associé ici avec un économiste, John Wallis, et un politologue, Barry Weingast, tout deux impliqués de longue date dans des travaux associant des analyses historiques approfondies et des analyses théoriques plus ou moins en termes de théorie des jeux. Lisez la suite de cette entrée »


Le constructivisme ça marche, la preuve par la révolution française

3 juillet, 2009

Daron Acemoglu, Davide Cantoni, Simon Johnson et James Robinson présentent sur Vox (donc, dans un langage clair et accessible pour tout le monde) les résultats d’une étude empirique dont j’avais déjà parlé il y a quelques temps. Les auteurs indiquent que l’expérience de la révolution française puis des conquête de l’empire napoléonien tend à montrer que des réformes imposées, lorsqu’elles sont suffisamment radicales, peuvent être implémentées et produire de “bons résultats”. Voilà qui remet en cause l’idée typiquement hayékienne que le changement institutionnel ne peut se faire que de manière incrémentale et décentralisée. Attention toutefois, il s’agit d’un travail purement empirique portant sur un cas historique bien identifié. Toute tentative de généralisation s’avère donc périlleuse.


Vices et vertus de l’interconnexion

3 juillet, 2009

Avec un peu de retard (l’article date du 14 juin), je met en lien cet article de Duncan Watts qui développe une perspective complémentaire à l’argument du “too big to fail” concernant le système financier. La thèse de Watts est que le problème n’est pas tant l’existence d’institutions financières de taille trop importante que le développement ces dernières décennies d’un réseau financier très complexe induisant un risque systémique :

Answering these questions properly requires us to grapple with what is called “systemic risk.” Much like the power grid, the financial system is a series of complex, interlocking contingencies. And in such a system, the biggest risk of all – that the system as a whole might fail – is not related in any simple way to the risk profiles of its individual parts. Like a downed tree, the failure of one part of the system can trigger an unpredictable cascade that can propagate throughout the entire system.

It may be true, in fact, that complex networks such as financial systems face an inescapable trade-off – between size and efficiency on one hand, and global stability on the other. Once they have been assembled, in other words, globally interconnected and integrated financial networks just may be too complex to prevent crises like the current one from reoccurring“.

Le développement d’un réseau de plus en plus complexe a évidemment des avantages : circulation accrue de l’information, accroissement des capacités de traitement de cette information, meilleure résilience (par une meilleure distribution des risques), etc. Mais les dangers sont tout aussi évident, à commencer par les effets de cascades (voir notamment l’idée de tipping point, ou effet de seuil) que l’on retrouve dans n’importe quel système complexe : un phénomène localisé peut engendrer une réaction en chaîne et affecter l’ensemble du système via une propagation par les différents noeuds. Evidemment, plus les noeuds sont interconnectés, plus la propagation se fera rapidement. L’autre gros problème est celui de la complexité. Plus le réseau est dense, plus il difficile pour les membres de ce réseau d’anticiper les phénomènes systémiques. Dans le cas des marchés financiers, si évaluer les risques était possible pour un acteur individuel, cela devenait beaucoup plus compliqué dès lors que cet acteur devait également prendre en compte les risques liés aux autres acteurs.

Watts propose un moyen de prévenir les risques systémiques en essayant d’évaluer ex ante la fragilité de certaines connexions dans le réseau en raison du poids trop important ou de la position trop centrale de certains acteurs :

An alternate approach is to deal with the problem before crises emerge. On a routine basis, regulators could review the largest and most connected firms in each industry, and ask themselves essentially the same question that crisis situations already force them to answer: “Would the sudden failure of this company generate intolerable knock-on effects for the wider economy?” If the answer is “yes,” the firm could be required to downsize, or shed business lines in an orderly manner until regulators are satisfied that it no longer poses a serious systemic risk. Correspondingly, proposed mergers and acquisitions could be reviewed for their potential to create an entity that could not then be permitted to fail”.

L’idée est intéressante mais comme toujours se pose la question des critères et des méthodes de mesure par lesquels on va pouvoir évaluer si un acteur induit un risque pour le réseau dans son ensemble ou non. Sean Safford sur Orgtheory.net pose une autre bonne question : le problème pour un réseau est-il d’être trop vulnérable à un choc localisé pouvant se propager ou plutôt d’être trop complexe de sorte que les acteurs (et éventuellement ceux qui surveillent le système) ne peuvent prendre des décisions proches de l’optimalité ? La réponse que l’on donne a cette question a des implications sur les mesures à prendre. 


Le secret pour réussir sa thèse d’économie ? Avoir un bureau !

2 juillet, 2009

Dans la livraison de mai de l’American Economic Review, figure un article qui étudie les facteurs favorisant la réalisation de thèses d’économie en moins de 5 ans. L’une des conclusions est la suivante :

Avoiding situations where no first-year students have access to office space seems to be important for degree completion, and might be singled out as the most obvious policy change that we could recommend for those programs that do not currently provide space for at least some first-year economics PhD students“.

Les universités françaises (plus exactement les différents départements) qui ne mettent pas de bureau à disposition de leurs doctorants feraient bien de retenir la leçon… surtout à l’heure où on assiste à un processus délirant de raccourcissement de la durée des thèses d’autant plus injuste pour les doctorants qu’il se développe de manière très inégalitaire sur le territoire. Quand on se présente avec son dossier devant le CNU, les rapporteurs ne cherchent pas nécessairement à savoir si le néo-docteur a eu le malheur de voir son école doctorale lui mettre la pression pour soutenir sa thèse dans des délais impossibles pour préserver les beaux ratios à présenter au ministère. D’ailleurs, cet article m’apprend qu’aux Etats-Unis la durée des PhD est de 5 ans. Il faut dire qu’on nous bourre tellement le mou pour nous faire comprendre que 3 ans c’est la norme.

Pour le retse, l’article est décevant puisqu’en fait les auteurs n’arrivent pas à expliquer grand chose :

But, in the end, it appears that many considerations unique to individual students and faculty that we cannot measure—such as ambition, motivation, persistence, organizational skills, the creativity of students, and interest in students’ success as well as mentoring and motivational skills among graduate faculty—matter more than the myriad characteristics we were able to measure, which collectively account for less than 15 percent of the variation in completion among students“.

C’ets déjà bien de le reconnaitre…


Bryan Caplan makes a point

2 juillet, 2009

Dans la continuité de mon récent billet sur le système de santé américain, on peut lire cette intéressante déconstruction par Bryan Caplan du concept de sélection adverse sur le marché de l’assurance maladie. Il faut admettre que les arguments de Caplan sont forts : le problème de sélection adverse sur n’en est pas un pour la bonne est simple raison que les assureurs sont capables d’identifier les personnes comportant les risques les plus élevés, et en conséquence de les discriminer au niveau des tarifs pratiqués. Dans un problème de sélection adverse authentique, ce sont les individus porteurs des risques les plus faibles qui ne sont pas assurées, ne laissant sur le marché que les “mauvais” clients. Dans le cas de l’assurance maladie (comme de l’assurance automobile), le problème est inversé : ce sont les agents porteurs des risques les plus élevés qui ne peuvent s’assurer, ou plus exactement qui ne veulent pas payer le prix pour s’assurer.

Caplan souligne incidemment un point que les spécialistes en assurance confirmeront, à savoir le fait que les économistes ont tendance à voir des problèmes de sélection adverse un peu partout parce qu’ils sous-estiment la capacité des assureurs à identifier les risques. En fait, l’inverse est souvent vrai : les assureurs en savent plus sur les risques qu’encourent les clients. Il faut donc admettre que les asymétries d’information en ce qui concerne l’assurance maladie ne sont pas un bon argument pour invoquer l’intervention des pouvoirs publics, d’une part parce que concernant l’aléa moral, un système public n’a pas de raison d’être plus efficace, et d’autre part parce que concernant la sélection adverse, rendre obligatoire une assurance (éventuellement par le biais d’un système public) revient à subventionner l’assurance des personnes à risque élevé par les personnes à risque faible. C’est en tout cas l’argument de Caplan, qui du coup considère qu’on est plus dans le domaine du populisme et du paternalisme que des “défaillances de marché”.

Fondamentalement, Caplan a raison. Mais, à vrai dire, qu’un assurance maladie obligatoire et plus largement l’Etat-providence relèvent d’une logique paternaliste n’est un scoop pour personne. Il y a quand même quelques arguments que l’on peut opposer. D’abord, si certains individus ne sont pas prêt à payer des sommes importantes pour leur santé, cela peut être du à deux choses : leur incapacité financière à payer et leur incapacité à valoriser suffisamment le futur. Concernant le premier point, on pourra toujours dire que tout individu a le choix, que s’il le souhaite il peut s’assurer quitte à renoncer au tout dernier téléviseur écran plat. C’est oublier qu’il y a probablement une catégorie de personnes pour qui payer le prix d’une assurance santé est impossible sans renoncer à d’autres dépenses incompressibles (logement, habillement, charges, éducation des enfants). Sur le deuxième point, au touche là au domaine de la behavioral economics et du “paternalisme libéral” à la Thaler et Sunstein. Si on arrive à montrer que les individus agissent de manière irrationnelle en sous-estimant de manière systématique la valeur présente des gains futurs et que cela entraîne chez eux un sentiment de regret lié à une inversion des préférences (voir le phénomène bien connu de l’actualisation hyperbolique), alors une intervention des pouvoirs publics a une justification économique, si ce n’est morale. Par ailleurs, il reste l’argument des externalités positives : de la même manière que les individus n’investissent en capital humain que dans l’objectif d’obtenir une rémunération future plus importante sans tenir compte de l’impact positif de cet investissement pour l’ensemble de la société, les individus ne se soignent ou ne s’assurent que dans leur intérêt personnel, sans tenir compte du fait qu’être en bonne santé est bénéfique à l’ensemble de la société. “Subventionner” la santé ne parait alors pas aberrant. Le système américain internalise d’une certaine manière ces externalités en liant de manière étroite emploi et assurance maladie (l’entreprise ayant un intérêt direct à ce que ses salariés soient en bonne santé) mais quid des individus sans emploi ? Sans compter que le système américain est de nature à réduire la mobilité de la main d’oeuvre.

On pourrait encore évoquer d’autres arguments, de nature plus organisationnelle, portant sur les coûts générés par un système purement concurrentiel en terme d’assurance santé. Paradoxalement, un système partiellement public et centralisé pourrait permettre des économies d’échelle, dans la mesure où il est largement reconnu qu’une partie des tarifs élevés pratiqués par les assureurs privés provient des coûts engendrés par leur bureaucratie (voir ce vieux billet de Mark Thoma). Clairement, l’argument de la sélection adverse n’est pas très convainquant pour justifier une intervention des pouvoirs publics en matière de santé. Mais d’autres arguments économiques peuvent être mobilisés, et cela me paraissent plus difficile à réfuter.


Changer les règles concernant les droits d’auteurs pour sauver la presse traditionnelle ?

2 juillet, 2009

Richard Posner s’inquiète des difficultés rencontrées par la presse et de la possible disparition du secteur. Afin de protéger les contenus mis en ligne par les journaux traditionnels, il a une proposition pour le moins étrange :

“As newspaper revenues decline, newspaper content becomes thinner and thinner–but by the same token so does the linked or paraphrased newspaper content found in web sites that have no affiliation with a newspaper. If eventually newspapers vanish, online providers will have higher advertising revenues (because newspaper advertising will have disappeared) and may decide to charge for access to their online news, and so the critical question is whether online advertising revenues will defray the costly news-gathering expenses incurred at this time by newspapers. Imagine if the New York Times migrated entirely to the World Wide Web. Could it support, out of advertising and subscriber revenues, as large a news-gathering apparatus as it does today? This seems unlikely, because it is much easier to create a web site and free ride on other sites than to create a print newspaper and free ride on other print newspapers, in part because of the lag in print publication; what is staler than last week’s news. Expanding copyright law to bar online access to copyrighted materials without the copyright holder’s consent, or to bar linking to or paraphrasing copyrighted materials without the copyright holder’s consent, might be necessary to keep free riding on content financed by online newspapers from so impairing the incentive to create costly news-gathering operations that news services like Reuters and the Associated Press would become the only professional, nongovernmental sources of news and opinion.

Remarquez que si on suivait la proposition de Posner, il aurait fallut que je demande l’autorisation à ce dernier pour faire ce que je viens de faire, c’est à dire mettre en lien son billet et en reprendre une partie. Comme le fait remarquer Matthew Yglesias, c’est le genre de réflexion de quelqu’un qui n’a pas l’habitude d’écrire sur la Toile (pourtant Posner blog depuis un certain nombre d’années non ?!) :

“This just seems to totally misunderstand the relationship between the linked and the linker. In my years of blogging, I have never once heard the author of an article or the editor of a publication complain to me about having linked to an article. By contrast, on a daily basis authors and editors ask me to link to their articles. This is because having published the article on the World Wide Web, the authors and editors in question want people to read the articles. If they didn’t want to get links, they wouldn’t put the article online. If they put the article online, they want to get links. And certainly if any publication were to request that I stop linking to or otherwise mentioning their content, I would be happy to grant that request without any legal coercion“.

D’un point de vue économique, la proposition de Posner, en plus d’être difficilement praticable, est bizarre. Comme cela est indiqué sur Free Exchange, si le contenu mis en ligne par les journaux traditionnels à une valeur, alors de deux choses l’une : soit si ce contenu a une valeur privée, alors rien n’empêche les journaux de le protéger et de ne le rendre accessible que moyennant paiement ; soit si ce contenu s’apparente à une forme de bien public (parce qu’il est notamment trop difficile d’exclure ceux qui ne financent pas), alors pourquoi ne pas imaginer un système de subventions publics standard pour financer tout bien public ? Certains rétorqueront que le problème est que les consommateurs ont pris des habitudes de consommation particulière concernent internet, notamment relatives à la gratuité du contenu, et que ces habitudes sont très difficiles à changer, de sorte que les modèles basés sur un contenu payant ne fonctionnent pas. Et il est vrai qu’un système de subventions massives parait difficilement tenable, surtout si l’on veut protéger l’image d’une presse indépendante. L’autre gros problème auquel est confronté la presse traditionnelle lorsqu’elle essaye d’investir le net est que les ressources publicitaires tendent à être aspirées par des “produits de substitution” comme Google.

La crainte de Posner concernant ce que l’on pourrait appeler une sorte d’entropie informationnelle n’est pas totalement infondée : si les journaux traditionnels ne sont plus incités à produire du contenu alors c’est l’ensemble des flux d’informations circulant sur la toile qui diminuera. Par exemple, tous les blogs s’appuient de manière extensive sur les informations mises en ligne (la plupart du temps gratuitement) par ces journaux pour pouvoir à leur tout offrir du contenu. Mais Posner se trompe clairement au niveau des causes de la maladie. Le problème c’est que l’évolution technologique a rendu obsolète les arrangements institutionnels passés (pour un topo sur la relation entre technologie et institutions, voir ici), mais pas parce que les journaux se font “piller” leur contenu mais parce que la structure du marché a considérablement évolué : arrivée de concurrents indirects s’alimentant à partir des mêmes ressources publicitaires, émergence de concurrents directs ayant des coûts fixes moindres (tous les nouveaux journaux exclusivement en ligne), modification des habitudes des consommateurs. Typiquement, on a un changement d’environnement qui a rendu moins adaptés certains acteurs qui ne survivront qu’à la condition de modifier leurs “routines”, pour parler le langage des évolutionnistes. La proposition de Posner n’est probablement pas institutionnellement stable (il y a trop d’incitation et de possibilités pour la contourner), mais même si elle l’était elle ne changerait probablement pas grand chose, si ce n’est restreindre la circulation de l’information au bénéfice d’une petite poignée d’acteurs. 


Les liens du matin (53)

1 juillet, 2009

* “The cautious approach to fixing banks will not work” – Martin Wolf, The Financial Times

* “Should we rush to further regulate financial institutions?” – G. Calvo et R. Loo-Kung, Vox

* “Corruption and its impact on trade: Extortion or evasion?” – P. Dutt et D. Traça, Vox

* “The Tipping Point: Fascinating but Mythological?” – William Easterly


La réforme du système de santé aux Etats-Unis : entre mauvaise foi et analyse économique

30 juin, 2009

Un intéressant débat s’est engagé récemment sur la blogosphère économique américaine au sujet de la réforme du système de santé américain. Obama et son équipe envisage en effet de mettre en place une “option publique” dont le principe est assez simple : aux côtés des compagnies privées d’assurance qui existent déjà, l’Etat fédéral américain mettrait en place sa propre compagnie d’assurance (publique donc) qui rentrerait en compétition avec les acteurs privés. L’idée sous-jacente est que l’assureur public serait susceptible d’offrir à tous les individus excluent du système d’assurance santé (10 à 15% de la population si ma mémoire est bonne) la possibilité de s’assurer auprès de lui. Mark Thoma explique de manière claire le principe de ce système en faisant une analogie avec l’éducation. Lisez la suite de cette entrée »


Que doit-on comprendre ?

29 juin, 2009

François Fillon, à propos du “grand emprunt national” qui non, “n’est pas un plan de relance” :

Pour moi, il est absolument essentiel que pas un euro ne soit utilisé à des dépenses qui ne seraient pas des dépenses utiles“.

Hum, que faut-il comprendre ? Qu’en temps normal (i.e. quand on ne fait pas tout un bazar autour de ce qui, pour tout Etat, est quelque chose de tout à fait banal : emprunter), les ressources sont dépensées n’importe comment ? Mine de rien, le premier ministre laisse quand même entendre qu’il arrive à l’Etat français de faire des dépenses inutiles. C’est pas un scoop vous me direz…


North et al. versus Acemoglu et Robinson

27 juin, 2009

Instructive note de lecture sur l’ouvrage de North, Wallis et Weingast. J’en parlerai bientôt à mon tour (il me reste une cinquantaine de pages à lire) mais le point que je veux évoquer est la comparaison que l’auteur de la note fait entre le travail de North et al. et celui d’Acemoglu et Robinson. Cette comparaison va de soi dans la mesure où North et al. évoquent à de nombreuses reprises l’ouvrage d’A&R et positionnent leur démarche par rapport à lui. Il est écrit : Lisez la suite de cette entrée »


Too big to fail – again

26 juin, 2009

Simon Johnson met en avant, une fois de plus, la nécessité de veiller à l’avenir à ce que les institutions financières n’atteignent plus une taille si importante que le système financier ne puisse supporter leur disparition. Comme il l’indique, c’est un point de vue qui est aujourd’hui largement partagé (j’en avais parlé ici). On peut lire toutefois un autre point de vue intéressant sur Free Exchange, avec l’idée que la corrélation entre la taille d’une institution financière et le risque systémique dont elle est porteuse n’est pas nécessairement significative : le problème n’est pas le niveau de capitalisation mais plutôt l’importance de l’effet de levier et la manière dont l’institution est liée aux autres acteurs d’importance. Si maintenant le “too big to fail” est vraiment un problème, une solution originale est proposée par Willem Buiter (via Free Exchange encore) : taxer les banques en fonction de leur taille :

When size creates externalities, do what you would do with any negative externality: tax it.

The other way to limit size is to tax size. This can be done through capital requirements that are progressive in the size of the business (as measured by value added, the size of the balance sheet or some other metric). Such measures for preventing the New Darwinism of the survival of the fattest and the politically best connected should be distinguished from regulatory interventions based on the narrow leverage ratio aimed at regulating risk (regardless of size, except for a de minimis lower limit)”.

Le reste de l’article de Buiter est également très intéressant et mérite d’être lu.


Routines et équilibre évolutionnaire

26 juin, 2009

Très intéressant billet de Teppo Felin sur Orgtheory.net qui pose une question pertinente au sujet du concept de routine en économie évolutionnaire et en théorie des organisations. La routine apparait en effet comme un élément de stabilité au sein de l’organisation permettant à cette dernière d’être “à l’équilibre” alors qu’elle évolue dans le même temps dans un environnement en perpétuel changement induisant l’absnece d’équilibre au niveau macro. Le problème est le suivant : les routines ne sont-elles pas rien de plus qu’un concept ad hoc, dont l’origine n’est pas expliqué, qui permet de donner à la firme une structure stable sans laquelle il n’y a pas d’équilibre interne et donc de sélection possible ? Si tel est le cas, alors on n’explique pas grand chose puisque l’on postule la présence de quelque chose (les routines) dont l’existence doit être expliquée.

Une réponse possible ici est qu’il faut raisonner en terme d’analyse multi-niveaux (l’auteur évoque cette idée). La distinction entre réplicateurs et interacteurs est de ce point de vue utile. Dans le cadre d’une analyse des populations d’organisations (ce qui est la perspective de Nelson et Winter mais aussi celle de Hannan et Freeman en théorie des organisations), il pertinent sur un plan heuristique de considérer les routines comme des réplicateurs, c’est à dire des entités qui se répliquent à l’identique (ou presque) par le biais d’un transfert d’information. Autrement dit, les routines sont perçues un peu comme l’équivalent du gène au niveau socioéconomique. On peut critiquer cette perspective à de nombreux points de vue, mais lorsque l’on s’intéresse uniquement à l’évolution de la population des organisations (les interacteurs porteurs des routines), expliquer l’origine des routines n’est pas utiles. Le problème, c’est que l’on a effectivement un concept plus ou moins ad hoc. D’où précisément l’intérêt d’une analyse multi-niveaux qui se focalisera, par ailleurs, sur l’origine des routines et leur évolution. 

Cela n’a rien d’exceptionnel. Après tout, Darwin a proposé sa théorie évolutionnaire alors même que la génétique n’existait pas, et par conséquent sans avoir la moindre idée de la manière du rôle exact joué par les gènes et de la manière dont ils se répliquaient. Il faut aussi savoir par exemple que Darwin admettait totalement la possibilité d’une hérédité (génotypique) des caractères (phénotypiques) acquis, hypothèse que le néo-darwinisme a rejeté par la suite. Peut être en est-on aujourd’hui au même niveau en économie et en théorie des organisations que la biologie au 19ème siècle ? Cela indique que le concept de routine doit être précisé mais que, même en l’état, cela n’empêche de continuer à travailler dans une perspective évolutionnaire. Pour finir, si je ne sais pas ce qu’il en est précisément pour le concept de routines, en revanche les concepts d’habitude ou de normes (autres types de réplicateurs au niveau socioéconomique) ont depuis longtemps dépassé le stade de concept ad hoc, puisque l’on peut expliquer leur émergence, leur évolution et leur disparition, ainsi que le rôle qu’ils jouent dans les actions humaines et leur coordination. Il n’y a pas de raison de penser que l’on ne puisse pas faire de même avec les routines.

p.s. : si dans les semaines à venir, vous me voyez parler de plus en plus de théorie des organisations ou de thèmes liés, ne vous inquiétez pas, c’est juste que l’année prochaine je ferai les deux tiers de mon service en enseignements de gestion… il faut donc que je me remette dans le bain !! 


Les liens du matin (52)

24 juin, 2009

* “Reform of regulation has to start by altering incentives” – Martin Wolf, The Financial Times

* “Free availability and diffusion of scientific articles” – Patrick Gaulé et Nicolas Maystre, Vox

* “Insurance as a Prisoners’ Dilemma” – Bryan Caplan

* “Binge drinking, genes, norms & taxes” – Chris Dillow

* “Après Hadopi” – Jacques Crémer et Christian Gollier, Les Echos

* “Incomplete Contracts and Brickmanship in the iPhone App Store” – Jeff Ely, Cheap Talk

* “Economics as Sociology’s Other” – Henry Farrell, Crooked Timber

* “Signals Are Forever” – Robin Hanson, Overcoming Bias

* “GPS, information trafic et théorie des jeux” – Laurent Denant-Boèmont